Ouverture

Cher(e)s collègues,

D’humeur joyeuse avant l’arrivée des premiers frimas, je vous propose, une fois n’est pas coutume, d’entamer la lecture du Mensuel en fre(u)donnant. Ces ritournelles qui trottent dans nos têtes, pas si anodines qu’il peut y paraître, sont le reflet d’une société et des questions qui la parcourent. Donc les nôtres, en tant que la psychanalyse y est concernée.

Une chanson, ça parle, mais avant tout ça s’écrit. Un écrit singulier qui devient universel. Ça parle et ça nous parle. D’amour, de sexe et encore d’amour et de la difficulté à faire couple. Métaphores, jeux de mots, sous- entendus, néologismes en disent long sur le rapport sexuel qu’il n’y a pas. Mais la malédiction sur le sexe n’implique pas qu’il n’y ait pas de rapport au sexe. C’est là que, sans tambour ni trompette, entrent en jeu les semblants. Sexe et semblants vont de pair et cela vaut pour l’homme comme pour la femme. Nos toutes proches Journées nationales seront le lieu même pour (re)mettre en question nos idées sur le sexe, le genre et l’identité sexuelle.

Mais n’allons pas plus vite que la musique et suivons le fil particulier de ce numéro qui ouvre à la singularité, une notion complexe, riche de signifiant, qui ne saurait se réduire à son antonyme. Le singulier traverse la psychanalyse autant dans son approche théorique que clinique.

Je vous invite donc à une lecture singulière des différents textes publiés en commençant par la langue, et plus particulièrement la langue française éminemment équivoque. Une langue donc propice pour la psychanalyse mais qui l’est nettement moins lorsqu’il s’agit de la traduire. Un véritable casse-tête pour le traducteur, une mine d’or pour le psychanalyste.

La singularité de l’interprétation, qui n’a pas à être plus vraie que fausse, croise le chemin de l’expérience mathématique où une proposition peut être également vraie et fausse sans pour autant pouvoir le démontrer.

La singularité nous entraîne dans le labyrinthe des catégories sexuelles de genre, d’identité, d’orientation sexuelle ou de mode de jouissance. De la singularité à la particularité il n’y a qu’un pas qu’il vaudrait mieux ne pas se hâter de faire, au risque de confondre singularité subjective et individualisme.

Arrêtons-nous sur la singularité d’un désir non anonyme à l’égard de l’enfant, comme en rendait compte Jenny Aubry dans son travail avec les enfants. Un travail difficile, mais pas impossible.

Du radeau évoqué dans le Mensuel du mois dernier à la péniche aujourd’hui, il n’y a qu’un pas pour franchir la passerelle d’un lieu inventif où se recueille « ce qui se murmure, se chantonne, se danse ou se crie [1] ». Un lieu singulier où l’on largue les amarres pour se laisser surprendre par ce qui s’y élabore.

Enfin, évoquer la singularité d’une langue en souffrance qui s’est écrite plutôt qu’elle n’a été écrite. Une langue qui permet de dire, de nommer et de se raconter à partir d’un mot.

Avant de faire place aux textes, laissons-nous interpeller par la singularité de la voix. La voix que l’on entend et celle qui s’entend. La voix qui traverse et se laisse traverser. La voix, dont le timbre résonne de l’intérieur, à nulle autre pareille. Et pourtant, aujourd’hui, une voix reproductible, modifiable avec les algorithmes et les logiciels de transformation vocale. Une voix prise dans la course folle de la « singularité technologique », point d’acmé de la supériorité de l’intelligence artificielle sur l’homme, dont nous ne savons encore pas s’il s’agit d’une opportunité extraordinaire ou d’une menace bien réelle pour l’homme.

Sans plus attendre, sans façon, ni contrefaçon, je vous laisse, chacun(e), à ces lectures éclairées et éclairantes.

Sophie Henry

Ouverture

  • p. 3-4 Ouverture

Séminaire École

  • p. 6 « Introduction à l’édition allemande d’un premier volume des Écrits » J. Lacan
  • p. 7-18 Claire Montgobert et Bernard Nominé

Séminaire Champ lacanien
Séance conclusive

  • p. 20-23 Rencontre avec Bernard Cerquiglini sur la langue française Colette Soler
  • p. 24-31 Le grand récit et les corps sémantophiles Karim Barkati
  • p. 32-35 Comment nous poignent nos invités ? Natacha Vellut
  • p. 36-38 Faire un choix, s’y tenir Kristèle Nonnet-Pavois
  • p. 39-41 Habiter une langue – Après-coup d’une rencontre Anne-Marie Combres
  • p. 42-45 Le Sexe des Modernes, d’Éric Marty Rosa Guitart-Pont

À venir

  • p. 46-47 Lacan et Grothendieck Marc Strauss
  • p. 48 Simone Wiener, Une psychanalyste en quête d’auteurs Marc Strauss

De la singularité

  • p. 50-56 La singularité versus l’identité (ou vice versa) Jean-Pierre Drapier
  • p. 57-66 Paradoxe de la psychanalyse : entre universalité de la structure et singularité du cas Sidi Askofaré

En cartel

  • p. 68-73 L’effet Aubry Élisabeth Tézenas

Asile de la parole

  • p. 75-79 Dans le même bateau Marie-José Latour
  • p. 80-81 Sur l’Adamant de Nicolas Philibert, retour après un ciné-rencontre Joseph Rondeau

Lieux de l’écriture

  • p. 83-93 Un cri fabuleux, À propos du livre de Dimitri Rouchon-Borie, Le Démon de la colline aux loups
  • p. 94-98 Les histoires d’Adieu Lacan Dominique Marin

Le Journal des Journées nationales

  • p. 100-102 Les comptes du sexe Natacha Vellut

Fragments

  • p. 104 L’enfant métaphorique de l’Un et de l’Autre
  • p. 105 Bulletin d’abonnement

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 M.-J. Latour, « Dans le même bateau », à lire dans le présent numéro.