L’IA et le trait d’esprit : « ça bugue »
Rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l’humour à ceux qui, à cet égard, sont plus manchots que des pingouins.
Romain Gary, La Promesse de l’aube
« L’IA change le topo du réel », anagramme de « La peur de la technologie ».
Rapporté par Étienne Klein
L’arrivée récente de l’IA en novembre 2022 dans le domaine public interroge sur les intentions politiques, les transformations sociales, les conséq uences économiques mais aussi les usages. Frédéric Worms, lors de la soirée du 26 mars dans le cadre du séminaire « La vie, le sexe et la mort, selon les discours », invitait les psychanalystes à s’intéresser au langage de l’IA. Vaste sujet.
Dans cet édito, je souhaite rendre hommage au Witz, le trait d’esprit « porte de l’inconscient », écrivait Freud, dont l’ouverture reste profondément humaine.
Le jeu de mots, à la différence du trait d’esprit, est un acte volontaire et peut jouer sur l’équivoque, trouvant ses fondements dans l’élément phono logique. Raymond Devos, humoriste et « funambule des mots », usait aussi de leur double sens – souvenir d’un entretien radiophonique où il s’adress ait à Alain Rey (linguiste) : « Cher ami, nous souffrons tous deux de polysémie du langage. »
L’IA générative tient compte des équivoques. En bref, son système convertit les mots en vecteurs numériques. La sélection du mot suivant dans une séquence repose sur des calculs probabilistes. Quand une séquence repère un mot à double sens, il sélectionne la suite la plus plausible en fonction du contexte. La logique est la « désambiguïsation », terme employé par l’IA générative. Entraînée pour clarifier et lever toute ambiguïté, la sélection du sens le plus « neutre » répond à cette logique. Spécifions que si l’utilisateur fait part de son intérêt pour l’équivoque, le maintien de plusieurs sens dans le fil de la « conversation » est opérant.
Le jeu de mots bouscule la rationalité et manifeste qu’on entre dans une logique du principe de plaisir de la langue.
À la différence du jeu de mots, le trait d’esprit, le Witz, ne se programme pas. Il jaillit. Sa fulgurance défait toute maîtrise. Quelque chose de nouveau apparaît, un « bug » déroutant l’émetteur. Un mot inédit. « Dans le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit, ce qui frappe c’est le mode d’achoppement sous lequel ils apparaissent. » Lacan met l’accent sur d’une part la coupure de la chaîne signifiante, la discontinuité, et d’autre part la surprise, la trouvaille. Le signifiant est tout seul dans un moment de surgissement, avant qu’il ne se rapporte à un second signifiant, avant qu’il ne s’articule à un savoir.
Et pour qu’un trait d’esprit soit entériné comme tel, la présence d’un auditeur est nécessaire pour repérer (souvent par le rire) « un signifiant qui échappe au code ». À bon entendeur, salut !
Le trait d’esprit est bref, concis et sa structure est parfois complexe. Pensons à l’exemple canonique rapporté par Freud et repris par Lacan du terme « famillionnaire », où plusieurs processus sont à l’œuvre : déplacement, condensation, création métaphorique et objet métonymique.
Par ces procédés et en peu de mots pour exprimer beaucoup, le trait d’esprit peut défier la censure, sublimant des pensées jusque-là inhibées.
Pour simuler l’altérité humaine, les « agents conversationnels » en IA sont programmés pour « faire de l’humour » et « créer » de nouvelles formes propres à la machine. Mais le trait d’esprit est par son essence non simulable. Produit de l’instant, Irruption Amusante, surprise pour l’émetteur, nécessairement reconnu par l’auditeur sensible au sens dessus dessous pour exister, il relève d’une subjectivité humaine, d’un second degré sans calcul.
Dans ce Mensuel, des textes très intéressants et non générés par l’IA attendent votre lecture. Le Mensuel prend des vacances jusqu’en octobre où nous aurons le plaisir de vous retrouver.
Stéphanie Le Blan Subtil
ÉDITO
SÉMINAIRE ÉCOLE
Quelques aphorismes de Lacan
« L’amour, certes, fait signe, et il est toujours réciproque »
(Encore, 21 novembre 1972)
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p. 7-11
Amour réciproque
Jean-Jacques Gorog
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p. 12-14
Un amour pas si étranger
Carole Leymarie
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p. 15-18
Des discours, des amours
Philippe Madet
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p. 19-22
Le nouage de l’amour et du désir
Catherine Talabard
FRAGMENT
QUESTIONS D’ÉCOLE
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p. 26-32
… à partir d’un témoignage de passe
Nicolas Zorbas
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p. 33-43
Pourquoi une École de psychanalyse ? Quelle éthique ?
Claire Parada
QU’ENSEIGNE LA PSYCHANALYSE ?
LES CERCLES CLINIQUES
« Comment débute une psychanalyse ? »
La parole dans la cure psychanalytique
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p. 61-63
Une parole vers la vie ?
Patricia Gavilanes
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p. 64-68
Cause, toujours !
Jean-François Zamora
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p. 69-71
Au bord de dire
Yann Dujeancourt
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p. 72-73
Circulations
Kristèle Nonnet-Pavois
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p. 74-76
La pratique du bavardage
Dominique Touchon Fingermann
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p. 77-78
Destin textuel ?
Anastasia Tzavidopoulou
XIIIE RENDEZ-VOUS INTERNATIONAL DE L´IF-EPFCL
« L´éthique de la psychanalyse et les autres »
São Paulo, 23-26 juillet 2026
Rencontre internationale d’École
« Passe à l’analyste : apories du témoignage »
JOURNÉES NATIONALES 2026
« Les identifications en question »
28 et 29 novembre 2026, Paris
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p. 86-87
« Ce que je souhaite, c’est quoi : l’identification au groupe »
Philippe Madet
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p. 88-90
Les insignes du père, le rêve de Lisa
Emmanuelle Moreau
CLINIQUE DE L’ENFANT
CARTEL « ¥NÉDITS »
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p. 99
Focus
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p. 100-101
Que nous apprennent les images que les livres ne racontent pas ?
Catherine Chauveheid
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p. 102-104
L’image, manquante ?
Christine Eguillon
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p. 105-107
Fin d’un cartel pas comme les autres
Dimitra Giannaka
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p. 108-109
La légende de l’image
Marie-José Latour
JOURNÉE DES CARTELS 2026
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p. 111-115
Effet cartels
Philippe Bardon, Eléfthéria Salamé, Anne-Marie Combres
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p. 116-118
Le cartel : d’un rapport au savoir
Christophe Fauré
LECTURE
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p. 120-122
Traumatisme$, de Colette Soler : entre réel, interprétation et clinique
Parham Shahrjerdi