Édito
Un Rendez-vous et une Rencontre internationale d’École nous attendent donc en juillet prochain à São Paulo. N’est-ce pas étrange pour des psychanalystes, dont la pratique est le plus souvent bien casanière, en dépit des connectivités en expansion ? Il est vrai que les grands rassemblements planétaires sont passés dans l’éthos contemporain. On ne peut ignorer cependant que Lacan n’avait aucune inclination pour ces foules, et que rien ne lui était plus étranger que l’idée d’étendre « son École ». Il l’a d’ailleurs nommée École freudienne de Paris, on ne peut pas faire plus petit ! Il a refusé aussi qu’elle essaime, rejetant l’idée d’une École de Strasbourg, puis d’une École italienne. Voir à ce sujet la « Note aux Italiens ». Et quand il a fini par céder à la pression pour se rendre à Caracas, il a tenu à marquer la différence entre ce qui se faisait de loin, des « lecteurs » selon son terme, et ce qui se faisait de près, ce qu’il nommait ses élèves. Ce n’est pas que cette position doive servir de modèle, mais elle s’inscrit dans la logique de l’histoire de l’IPA qui, elle, fut expansionniste dès le début, créant de façon méthodique et conquérante des sociétés dans tous les pays d’Europe et du monde. Realpolitik, comme on dit. Mais comment Lacan n’aurait-il pas pensé que ce qu’elle exportait ainsi mondialement, c’était justement les insuffisances de sa garantie, tant éthiques qu’épistémiques. La fin de la « Proposition sur le psychanalyste de l’École » est très claire sur ce point. Il fait peser la faute sur les épaules de Freud lui-même qui, dit-il, avec son association, n’aurait « pas rendu plus aisé au désir du psychanalyste de se situer » dans l’époque.
Qu’en est-il pour nous dans l’Internationale des Forums issue par scission depuis 1998 de l’Association mondiale de psychanalyse, l’AMP ? L’une et l’autre sont d’après un événement majeur : la dissolution par Lacan de son association École freudienne. On sait l’émotion, les luttes, les polémiques produites, mais quels que soient les détails et péripéties de l’histoire, cet acte visait une contre-expérience institutionnelle radicale : couper son enseignement des configurations associatives des psychanalystes, au premier rang desquelles celle de son école, et il y a réussi, bien qu’il ait pris encore l’initiative en 1980 de « La cause freudienne », mais pas de l’ECF en 1981, contrairement à ce qu’elle prétend. Du coup, son enseignement court maintenant le monde, tandis que les associations les plus diverses qui s’en réclament prolifèrent dans tous les continents et toutes les langues – n’en déplaise à quelques prétentions hégémoniques à l’affût –, et la nôtre en fait partie, elle qui est directement issue par ses fondateurs de l’école de Lacan et de ses élèves.
Nos rendez-vous internationaux prennent sens de ce contexte institutionnel, car il laisse la voie libre, si on peut dire, pour s’y occuper de psychanalyse. Le thème choisi pour cette fois, « L’éthique de la psychanalyse et les autres », y est propice. Notre « transfert de travail » à l’enseignement de Lacan, dont les racines, au moins en France, remontent à son école, y sera à l’épreuve. En effet, il devrait s’agir si nous voulons être à l’heure de son orientation, de l’éthique de la psychanalyse telle qu’elle se pratique et se raconte aujourd’hui, de fait, ici ou là. De beaux débats et rencontres en perspective.
Colette Soler
Édito
Séminaire École
Quelques aphorismes de Lacan
« Tu ne me vois pas d’où je te regarde »
(L’Objet de la psychanalyse, 18 mai 1966)
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p. 7-9
Dernière thèse sur Les Ménines
Bernard Nominé
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p. 10-14
Un œil sur le mur
Nadine Cordova
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p. 15-19
Velázquez et Frenhofer
Natacha Vellut
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p. 20-24
Voyons voir
Dimitra Giannaka
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p. 25-27
De la perspective à l’anamorphose
Bernard Nominé
Espace AE
Les Cercles cliniques
« Comment débute une psychanalyse ? »
Devenir analysant
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p. 31-33
Participe… Présent !
Yann Dujeancourt
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p. 34-35
Devenir analysant
Patricia Gavilanes
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p. 36-38
« Leurre de savoir » ou Des places dans le dispositif
Jean-François Zamora
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p. 39-41
Devenir analysant : position du symptôme, ou De l’embrouille au symptôme, ou encore D’un sac de nœuds à un nœud de signes
Dominique Touchon Fingermann
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p. 42-43
Un dispositif analytique pour l’énigme
Kristèle Nonnet-Pavois
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p. 44-45
Le devenir analysant du tout-venant
Anastasia Tzavidopoulou