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Mensuel 194 – Mars 2026

  • 81 pages
  • Éditeur : EPFCL-France
  • Parution : 03/2026
Mensuel 194 - Mars 2026

Édito

Est-ce que ça passe ?

Quelle élaboration de savoir vais-je tenter de transmettre ? Telle fut mon interrogation quand il m’a été offert de rédiger cet éditorial. Ce qui m’est venu, c’est le mois de ce Mensuel, le mois de mars 2026. Et il se trouve que Marguerite Duras est morte le 3 mars 1996, il y a donc trente ans.

Au gré de mes associations, j’ai été conduite à une sorte d’hommage, pas sans écho à celui de Lacan : « Hommage fait à Marguerite Duras, du ravissement de Lol V. Stein [1] ». Arrêtons-nous sur ce « faire hommage ». Lacan intitule son texte « Hommage fait à Marguerite Duras », faire hommage, est-ce de la même nature que rendre hommage ?

En se référant au Dictionnaire historique de la langue française sous la direction d’Alain Rey [2], on apprend qu’hommage est un dérivé « de l’homme qui a eu au moyen âge […] le sens de “soldat” et celui de “vassal” […] le mot est employé au sens de “marque de déférence, de courtoisie (à une femme)” et de “marque de vénération, de soumission (à Dieu)”, sens général que l’on retrouve dans l’expression rendre hommage ». Lacan fait hommage et la nuance, subtile, est dans le verbe. Faire n’est pas rendre. Lacan fabrique, élabore à partir de sa lecture de Lol V. Stein [3] et de son ravissement. Au-delà du commentaire de Lacan, du fait qu’il s’inclut dans son commentaire, du fait qu’il s’agit d’un récit comme lieu de la rencontre pas-sans le désir de l’analyste, ce qui est enseignant avec cet hommage est l’utilisation de la littérature au service de la psychanalyse, ce que permet la littérature. Vous l’aurez compris, avec Freud et Lacan, il s’agit de ne pas « faire le psychologue là où l’artiste lui fraie la voie [4] ».

« Le seul avantage qu’un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle reconnue comme telle, c’est de se rappeler avec Freud qu’en sa matière l’artiste toujours le précède [5]. » Les écrits et les entretiens de Marguerite Duras ont valeur d’enseignement à condition de se laisser enseigner, de ne pas faire le psychologue. Autrement dit, de prendre la mesure de la valeur clinique de certains écrits de Marguerite Duras.

L’artiste partage sans le savoir un certain savoir avec la  psychanalyse. Lol V. Stein est une leçon clinique, sur la manière dont s’articulent le savoir, l’objet a et la jouissance. Lors du séminaire du CCPSO en décembre 2025 à Toulouse, Nicole Bousseyroux nous a parlé de l’hommage fait à Marguerite Duras. Son titre, « Un délire cliniquement parfait [6] », est emprunté à Lacan. Je la cite : « Le cas de Lol est donc pour Lacan […] le cas qui lui permet de nouer amour et folie à la réalisation du fantasme. Il dira même à Duras, lorsqu’il la rencontrera dans un bar à minuit dans un sous-sol pour parler de Lol V. Stein : c’est ”un délire cliniquement parfait [7]”. »

Alors, suivons Duras avec Lacan sans savoir où nos pas nous mèneront, soyons des chercheurs d’énigmes sans savoir si nous trouverons. L’artiste, là encore, précède le psychanalyste. Marguerite Duras ne possède pas un savoir sur l’énigme, elle fabrique, par l’écriture, des déplacements et tente de cerner l’impossible à dire.

Lacan fait donc hommage à Marguerite Duras et je souhaitais rendre hommage. Rendre hommage est une façon de rendre à l’autre ce qu’on lui doit. S’agit-il de rendre hommage à Duras ou de rendre hommage à Lacan ? Peut-être une façon d’éclairer ce que nous devons à Duras avec Lacan.

Il est temps maintenant de laisser le mot de la fin à Marguerite Duras :

L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie [8].

Patricia Robert



Édito

  • p. 3-4 Édito

Séminaire École
Quelques aphorismes de Lacan
« L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »
(Problèmes cruciaux, 17 mars 1965)

  • p. 6-12 Vanessa Brassier
  • p. 13-17 Le refus de Socrate Céline Casagrande
  • p. 18-26 Retenir ce rien qui se tait Bruno Geneste
  • p. 27-31 Anti-Éros. Fin, identification et objet a Pierre Perez

Espace AE

  • p. 33-34 Le choix de Constanza Lobos

Qu’enseigne la psychanalyse ?

  • p. 36-49 Ce qui fait tirer la langue Michel Bousseyroux

XIIIe Rendez-vous international de l’IF-EPFCL
« L´éthique de la psychanalyse et les autres »
São Paulo, 23-26 juillet 2026

  • p. 51-53 Prélude 4. Un solde éthique de l’analyse Alejandro Rostagnotto
  • p. 54-59 L’éthique du discours analytique. Position du problème Pascal Padovani

Journée des cartels 2026

  • p. 61-62 Le cartel… encore. En amont de la journée des cartels Didier Grais
  • p. 63 Alice Tripon et Émilie Gayet

Pratique psychanalytique

  • p. 65-69 Se fendre d’un savoir Ève Cornet

Lecture

  • p. 71-74 À propos de L’Amour, le Sexe, la Psychanalyse, Variations sur le couple et sur le lien social, de Sidi Askofaré Laurent Combres

Marginalia

  • p. 76-79 Dévoration David Bernard
  • p. 81 Bulletin d’abonnement