Mensuel 048 Janvier 2010

Introduction

Par Patricia Zarowski

Ce premier numéro de l’année 2010 témoigne de la richesse et de la dynamique de travail qui existent dans l’École, et nous ne pouvons que nous en réjouir.

En tête de ce numéro, nous lirons les dernières interventions qui ont été prononcées dans le cadre du séminaire École 2008-2009 sur le thème crucial pour nous psychanalystes confirmés ou en for- mation : « L’acte analytique, le contrôle et la formation de l’analyste ».

Chaque intervention est singulière mais tient sa cohérence des contributions des collègues précédents et, comme le soulignent Bernard Nominé et Martine Menès, les contributions de chacun permettent de faire avancer le travail d’École. Nous voyons que dans le contrôle il ne s’agit pas de transmission d’un savoir ni d’un savoir faire mais que ce qui est en question est un savoir-y-être, nous dit Bernard Nominé. In fine, c’est le désir de l’analyste qui est en question dans le contrôle.

Anita Izcovich nous fait part de ce que pour le contrôlant il s’agit de « faire preuve au sens de témoigner de son expérience » de ce « qu’une opération analytique a été faite », la question en jeu étant celle de « s’autoriser de son acte ». L’auteur parcourt les différents points de butée auxquels le contrôlant peut se trouver confronté dans sa pratique et interroge ce qu’on attend d’un contrôle tant du côté du contrôlant que du côté du contrôleur.

Bernard Nominé interroge le contrôle dans la mesure où « l’acte analytique échappe par définition au contrôle de celui qui s’en fait l’agent ». Il ne s’agit pas d’évaluer le contrôlant mais de le « décentrer » afin qu’il se maintienne à la bonne place dans la cure. Il s’agit de viser le désir de l’analyste. « Le contrôleur serait, plus que tout autre, supposé montrer la voie quant à la place que peut occuper le psychanalyste, savoir s’y mettre là où personne ne se sait être et donner chance à l’analysant de se savoir un peu plus y être... » Savoir-y-être qui rejoint la question de la passe.

Martine Menès part aussi du constat que dans un contrôle ce qui se contrôle « n’est pas l’acte de l’analyste mais du désir de l’analyste en acte ». Mais « comment peut s’évaluer le contrôle d’une pratique qui porte sur une pratique “sans valeur”, spécificité de la psychanalyse ? », interroge l’auteur. Le contrôle est payant non seulement pour le contrôlant mais aussi pour la communauté d’École en devenant « une pratique de la théorie », dit-elle, citant Michel Silvestre, « où la parole de l’analysant, tiers présent en son absence même, peut se constituer comme productrice de théorie ».

Le contrôle est-il ou non une aide pour le contrôlant au calcul de la stratégie de la cure ? C’est la question que pose Marc Strauss. L’auteur pointe que ce que le contrôlant attend : savoir ou savoir y faire, n’est pas ce que le contrôleur peut indiquer. S’agit-il de faire saisir au contrôlant qui ne demande pas cela l’incalculable de l’acte, le point où toute stratégie défaille, là où la réponse manque ? L’action du contrôleur serait de déplacer le contrôlant dans sa relation à l’analysant pour que le transfert ne fasse pas obstacle à l’avancée de la cure en lui indiquant « sur le tableau qui bouche la vue, la place d’un trou ».

Jean-Pierre Drapier, responsable du Réseau institution et psy- chanalyse, nous invite à penser en réseau le travail en institution avec des sujets psychotiques à la lumière des dernières élaborations de Colette Soler sur l’inconscient réel.

Nous lirons deux textes porteurs d’espoir pour tous ceux qui pensent que le psychanalyste ne peut plus travailler en institution.

Manuelle Krings témoigne de son travail auprès de patients psychotiques adultes à partir des dernières avancées théoriques de Lacan sur la psychose. L’auteur répond à la question posée dans son titre « Ce que la psychose nous empêche d’oublier » en faisant une analyse intéressante du rapport du sujet schizophrène à la « palabre » pour conclure que « nous n’avons rien à comprendre à sa manière d’être au monde mais qu’en prêtant notre présence, un lien se nouera peut-être même s’il reste précaire ».

Serge Bruckmann nous montre à partir de deux cas cliniques comment « la praxis analytique et les concepts lacaniens enrichissent l’analyse institutionnelle » et nous fait part de son expérience sur les modalités de travail possible dans une institution se référant à la psychothérapie institutionnelle.

Dans la rubrique « Travaux des cartels », Philippe Bardon questionne la débilité comme position subjective en se référant aux thèses de Maud Mannoni, de Lacan et de Colette Soler. En partant du « rap- port du sujet au savoir », l’auteur fait une distinction diagnostique entre sujet psychotique et sujet débile.

Luis Izcovich, dans un texte qui aborde la spécificité de la psy- chanalyse avec les adolescents, développe la thèse d’un réel propre à l’adolescence, distinct de celui de l’enfant. L’auteur fait l’hypothèse qu’à partir de la rencontre avec l’autre sexe « l’adolescence désigne le temps entre l’affaire et l’évènement ».

François Terral dans un séminaire d’École à Toulouse reprend et analyse l’affirmation de Lacan selon laquelle « le refus de la ségrégation est naturellement au principe du camp de concentration ». L’émergence du camp de concentration ainsi que les procès de ségrégation sont, nous dit Lacan, conséquence et effets du discours de la science. Pour Lacan, le camp de concentration est « une fonction » qui « apparaît du refus de la ségrégation » comme « une forme de traitement de la ségrégation ». Entre Charybde et Scylla, quelle réponse peut apporter alors la psychanalyse ? « C’est aussi là, nous dit l’auteur, que le désir du psychanalyste peut dans le transfert venir soutenir une limite faite au discours de la science et par son acte saboter encore ses noires intentions. »

Mais après avoir fini de lire toutes ces interventions très intéressantes, vous allez sans doute ressentir un manque ! Eh oui ! Pas de « Nouvelles de l’“immonde” ». Claude Léger nous l’avait déjà annoncé dans le Mensuel de novembre. Mais peut-être est-il en train de nous préparer une surprise pour 2010 ?

Tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

Sommaire

Patricia Zarowsky : Introduction

Séminaire École 2008-2009 : L’acte analytique, le contrôle et la formation de l’analyste
Anita Izcovich : Faire ses preuves
Bernard Nominé : Contrôle de l’acte ?
Martine Menès : À quel prix ?
Marc Strauss : La responsabilité du psychanalyste

RIP  : Réseau institution et psychanalyse
Jean-Pierre Drapier : Réseau et communauté
Manuelle Krings : Ce que la psychose nous empêche d’oublier
Serge Bruckmann : Psychanalyse et psychothérapie institutionnelle (de secteur) en 2007 ? 

Travaux des cartels
Philippe Bardon : La débilité comme position subjective

Autres textes
Luis Izcovich : L’adolescence et le réel
François Terral : À propos du « camp de concentration généralisé »