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Mensuel 199 – Novembre 2026

  • 92 pages
  • Éditeur : EPFCL-France
  • Parution : 11/2026
Mensuel 199

Édito

Depuis que le Conseil d’orientation m’a confié la responsabilité de ces prochaines Journées, je ne cesse de m’ébaudir de la richesse du thème en question : les identifications.

Le terme identification renvoie à deux types de verbe, un verbe transitif, identifier, et un verbe réfléchi, s’identifier.

Un verbe transitif est un verbe qui a besoin d’un complément d’objet (direct ou indirect) pour compléter son sens. Plusieurs voies d’élaboration s’ouvrent : qu’est-ce qu’un sujet identifie ? De quoi s’agirait-il ? Et qu’est-ce qui échappe à l’identification ? (Spoiler : Colette Soler devrait nous en dire quelques mots.) Pourquoi et comment un sujet deviendrait-il objet d’une identification ?

Quant au verbe réfléchi, c’est une forme particulière du verbe pronominal utilisée lorsque le sujet réalise une action sur lui-même. L’action « se réfléchit » sur le sujet comme dans cet exemple simple : il se lave = il lave son propre corps. Pourquoi la forme réfléchie est-elle la plus fréquemment utilisée en psychanalyse à propos des identifications ? Car la psychanalyse s’intéresse au sujet, bien sûr, et plus précisément au sujet en acte. Tellement actif d’ailleurs dans la cure analytique qu’il se transforme au gré de ses identifications, désidentifications et nouvelle identification de fin. Cette forme réfléchie ne laisse pas pour autant tomber l’objet. Il se lave avec de l’eau, du savon, du gel douche… Le sujet s’identifie grâce à quoi ? En se servant de quoi, d’un objet, d’une image, d’un signifiant ?

L’articulation entre ces deux dimensions – transitive et réfléchie – n’est pas une mince question. Des exemples cliniques issus du riche patrimoine clinique des aliénistes et psychiatres français de la première moitié du xxe siècle peuvent nous enseigner. Je pense en particulier à l’illusion des sosies et au syndrome de Fregoli. Dans le premier, le sujet reconnaît mais n’identifie pas, et dans le deuxième le sujet identifie mais ne reconnaît pas. Dans les deux cas, le sujet ne cesse de vouloir s’identifier. Ces syndromes sont des formes de passion – ravageante – de l’identité : dans l’illusion des sosies, le sujet désidentifie un même qui devient autre, tandis que dans le syndrome de Fregoli, l’autre est toujours le même malgré la diversité des autres que le sujet rencontre.

Un vertige me saisit à la lecture de ces passionnants cas cliniques qui éveillent tant de nouveaux questionnements pour saisir des identifications que l’on ne peut confondre avec l’identité.

Nos collègues, lors de nos Journées, auront à cœur de nous apporter des éclairages. Ils aborderont différentes modalités des identifications : l’identification au père, au trait unaire, à l’image spéculaire, à un nom, les identifications sexuées… Ils et elles se pencheront sur l’identification au symptôme, cette avancée clinique et théorique majeure de Lacan, qui semble ne mobiliser ni objet, ni image, ni signifiant pris au champ de l’Autre. Une percée décisive pour penser la fin d’analyse.

Ils et elles parleront des identifications dans la psychose, des identifications d’enfants, des identifications des psychanalystes eux-mêmes.

J’en passe (et des meilleurs, comme dit l’expression).

D’ores et déjà dans ce Mensuel de novembre 2026, David Bernard, Nathalie Dollez et Pascale Leray nous livrent leurs réflexions sur ce vaste thème, se penchant sur les effets des semblants de pouvoir sur les identifications, les instances idéales mobilisées par les identifications et l’identification au symptôme. De quoi nous ouvrir encore l’appétit avant nos Journées des 28 et 29 novembre 2026 au campus Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université, 4, place Jussieu, à Paris.

Natacha Vellut  

ÉDITO

  • p. 3-4 Édito

SÉMINAIRE ÉCOLE
Quelques aphorismes de Lacan
« Les psychanalystes sont les savants d’un savoir dont ils ne peuvent s’entretenir »
(« De la psychanalyse dans ces rapports avec la réalité », dans Autres écrits)

  • p. -69 « … C’est une autre affaire que la mystagogie du non-savoir » Patrick Barillot
  • p. 10-13 Quel savoir ? Pascale Leray
  • p. 14-17 Une practique Christelle Suc
  • p. 18-21 Savants… Colette Soler

FRAGMENT

  • p. 23 Le choix de Nicolas Zorbas

QU’ENSEIGNE LA PSYCHANALYSE ?

  • p. 25-33 La structure et le twist Marie-José Latour

CLINIQUES

  • p. 35-42 Après-coup Nadine Cordova
  • p. 43-47 Entrez Bernard Toboul

JOURNÉES NATIONALES 2026
« Les identifications en question »
Paris, 28 et 29 novembre 2026

  • p. 49-51 Propos introductifs à l’identification au symptôme Pascale Leray
  • p. 52-54 Les premières identifications, le moi idéal et l’Idéal du moi Nathalie Dollez
  • p. 55-59 L’ombre du pouvoir David Bernard

CHAMP LACANIEN

  • p. 61-74 Entretien, Le vital aujourd’hui Frédéric Pellion et Frédéric Worms

CARTEL

  • p. 76-81 Car-tel est mon désir : Lacan, Pearl King, de la métaphore du Nom-du-Père à l’objet a Florence Berthet
  • p. 82-86 Conclure de travers Bruno Geneste

MARGINALIA

  • p. 88-90 Hommage à celles et ceux qui font le Mensuel Marie-José Latour
  • p. 92 Bulletin d’abonnement