Mensuel 104 – Mars 2016

Billet de la rédaction

Le comité éditorial se met au service de l’auteur, et parfois le rencontre

Qui se souvient de ses dictées de primaire ? Celle, par exemple, qu’un élève allait faire à la craie debout derrière le tableau vert retourné, pendant que le reste de la classe se penchait sur ses cahiers ? Ce souvenir ranimé ou un autre, nous admettrons que nous avons traversé chacun l’apprentissage de ce qui fait socle commun à la langue française : partant de son orthographe, sa grammaire, ses temps, ses constructions en propositions jusqu’à l’enchaînement d’idées.

Le comité éditorial tâche de préserver ce socle commun dans le Mensuel, car il permet de mieux exposer vos travaux pour mieux les comprendre. Plus généralement, il véhicule le respect que nous nous portons, même s’il cache aussi la boîte dans laquelle chacun prend des clous pour construire son escabeau, fait du bois dont il est fait soi-même.

Le comité éditorial nettoie, huile, réajuste, ou ponctue vos mots pour asseoir votre texte sur ce socle commun. Chaque correcteur force sa lecture dans des strates qui se superposent, et il s’oblige à des relectures pour percevoir autrement vos phrases. À l’occasion, il repère la défectuosité de certaines citations. Parfois encore, un éclairage est dé nitivement requis sur un passage jugé ambigu ou obscur par plusieurs correcteurs. Toute la délicatesse du responsable de la rédaction entre alors en scène pour vous inviter à préciser votre pensée, par égard pour vous-même et vos futurs lecteurs.

Ce socle commun est utile, n’y revenons pas, mais il brode aussi son coussin au chat qui aime à ronronner dessus. Alors, quand un auteur fait des fautes insolites, le correcteur s’éveille ! Une souris passe, de quelle couleur est-elle ? D’où vient-elle, où va-t-elle ? Et l’enfant ludique renaît et s’interroge sur ce qui fait réel, à qui, à quoi ? Pour qui ? C’est une façon de rencontrer un auteur.

Une façon plus étrange de rencontrer un auteur est la suivante. Imaginons : le correcteur modifie un point du texte, puis se ravise. Pourquoi ? Il s’est trop reconnu dans la correction du passage. La touche singulière de l’auteur apparaît alors en transparence dans l’angle obscur. Quand un auteur est très rigoureux, que son texte est bien écrit, qu’il a pris le temps d’aller au bout, c’est plus intense ! Le correcteur sent que la mouche repérée dans le texte ne vient pas d’un moment d’inattention, mais d’un choix propre à l’auteur. Il y a rencontre, mais aussi émergence d’estime souvent.

Dans ce numéro, vous pourrez lire les récentes interventions faites au séminaire École. Avec son érudition, sa rigueur et son discret humour, Sidi Askofaré nous entretient sur la dissymétrie et le schéma diphasique du lien analytique chez Freud. Sa pirouette conclusive qui rappelle l’accent mis par Lacan sur l’essence de l’expérience analytique est une belle transition pour lire ensuite l’intervention de Colette Soler. Elle met sous les projecteurs le fameux désir de psychanalyse, que chacun croit bercer en lui et dont les diverses déclinaisons seront discutées lors de notre rencontre internationale d’École à Medellín. La quête logique à laquelle l’auteur se prête pour qualifier si une analyse fonctionne d’une « vraie demande » permet de préciser ce que la déclinaison côté divan de l’expression recouvre et ne recouvre pas, et indique ses conditions et contingences. L’association libre reçoit à cette occasion un éclairage nouveau, celui nalement des dernières avancées de Lacan.

Vous pourrez ensuite lire les textes d’une riche journée d’étude sur la haine et la violence. Ceux de Geneviève Faleni et Armando Cote posent la question du côté de la langue, et font poids des vécus qu’ils évoquent, Nadine Cordova-Naïtali l’examine sous l’angle de la jouissance, et Albert Nguyên comme évitement de la honte.

Dans la rubrique clinique, c’est avec fraîcheur que Giselle Sanchez interroge un usage particulier du mot « panique » fait à l’instar du célèbre « galopinage ».

Pour finir, faut-il rappeler que l’EPFCL-France, dont le Mensuel est le mensuel, adhère à l’Internationale des Forums ? Les Préludes à notre rendez-vous bisannuel, publiés régulièrement ici, le feront si nécessaire. Notons que Manel Rebollo met les pieds dans le plat pour aborder, précisément à propos des forums et de son École, le thème du Rendez-vous « Liaisons et déliaisons selon la clinique psychanalytique ».

Bonne lecture, la vôtre.

Lucile Cognard

Sommaire

Pdf du Mensuel

Billet de la rédaction

Séminaire EPFCL à Paris « Qu’est-ce qu’un analysant ? »

Sidi Askofaré, Que veut dire « analysant » ?

Colette Soler, Travailleur ?

Journée d’étude à Rodez Haine et violence : questions pour la psychanalyse ?

Geneviève Faleni, Expériences et problématiques

Armando Cote, Haine et violence

Nadine Cordova-Naïtali, Haine au cœur du symptôme

Albert Nguyên, La règle des trois « H » : honte, haine et (h)impossible

Clinique

Giselle Sanchez, Du galopinage

IXe Rendez-vous de l’Internationale des Forums, Medellín 2016 Préludes

Manel Rebollo, Imagine

Devra Simiu, Clinique du couple

 

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