Délire, Fantasme, Réalité

Journée Nationale des Collèges de Clinique psychanalytique

23 mars 2024 9h00

Tours

RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTIONS

Éliane Pamart Tél : ‭0683 07 52 03‬

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Délire, Fantasme, Réalité

Argument

Les enseignants des Collèges de clinique psychanalytique ont choisi de travailler cette année sur un thème à trois facettes: « délire, fantasme, réalité ». Ces trois signifiants circulent aujourd’hui dans la langue commune mais en psychanalyse, ils recouvrent des concepts précis qui articulent sa théorie et orientent sa pratique.

Si le délire était reconnu bien avant la nosographie psychiatrique, le fantasme qui vient du grec phantasma, évoque immédiatement l’imaginaire. Ce terme, dont Freud s’est emparé pour formaliser ses découvertes en psychanalyse, est devenu un de ses pivots théoriques avec son texte “Un enfant est battu[1]”. Quant à la réalité, terme usité couramment, elle fait un pas de deux entre symbolique et imaginaire, là où le délire ouvre une brèche sur le réel.
Dans le dernier chapitre de L’Interprétation des rêves, Freud insiste sur le fait que “la réalité psychique est une forme d’existence particulière qu’il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle dès lors que les désirs inconscients du rêve sont ramenés à leur expression dernière et la plus vraie [2]”. Nous retrouvons le désir, déjà travaillé l’année dernière, désir qui traverse le rêve, et qui nous ouvre ici de nouvelles perspectives avec le délire, le fantasme et la réalité.

Dès ses premières élaborations théoriques, Freud confronte ces trois concepts aux types cliniques névrose, psychose et perversion. Avec son texte “Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques” de 1911, il introduit la question de la réalité de la façon suivante : “ toute névrose a pour conséquence et, donc vraisemblablement pour fin, d’expulser le malade hors de la vie réelle, de le rendre étranger à la réalité [3]”, tout en précisant plus loin que le névrosé se détourne de la réalité parce qu’il la trouve insupportable, “dans sa totalité ou en partie [4]”. Il ajoute que le type le plus extrême dans sa manière de se détourner de la réalité, se rencontre dans les cas de psychose hallucinatoire, où” l’événement qui a provoqué la folie doit être dénié[5]”.

Pour Freud, il y a donc deux types de perte de réalité qui différencient le champ des névroses de celui des psychoses. Avec son texte ”La perte de réalité dans la névrose et dans la psychose”, il se montre plus nuancé en introduisant deux temps logiques. Pour l’entrée dans la névrose, il conçoit que le moi est en position d’allégeance vis-à-vis de la réalité, ce qui lui permet de refouler un fragment du ça pulsionnel tout en évitant au sujet une perte de la réalité. La névrose apparaît lorsque ce refoulement s’accompagne du symptôme comme retour du refoulé.


Dans la psychose, Freud nous montre un moi au service du ça qui se retire d’un fragment de la réalité. Si la perte de réalité est de départ, en un second temps, le moi reconstruit aux frais du ça une nouvelle réalité qui n’est autre que le délire.

Il suggère que cette différence initiale entre névrose et psychose se retrouve dans le résultat final, où la névrose fuit ce fragment de la réalité, tandis que la psychose le reconstruit à partir d’ “un monde fantasmatique[6]”.

Il conclut ainsi : ” pour la névrose comme pour la psychose, la question qui vient à se poser n’est pas seulement celle de la perte de la réalité, mais aussi celle d’un substitut de la réalité [7]. ” Ce qui donne accès au fantasme et au délire selon des modalités bien spécifiques. Là où la névrose fait une utilisation symbolique du monde fantasmatique, la psychose projette ce monde fantasmatique dans le réel.

Entre 1958 et 1966, dans son texte” D’une question préliminaire à tout traitement de la psychose”, Lacan affine sa répartition de ces trois registres : d’abord par le schéma R (schéma de la réalité [8]) suivi du schéma I (schéma du président Schreber), ensuite par la version topologique qu’il propose dans une note additionnelle rédigée à l’occasion de la reprise de l’article dans les Écrits.

A partir de 1967, il se montre plus tranché: “ la réalité est commandée par le fantasme en tant que le sujet s’y réalise dans sa division même. [9] ” Pour lui, le monde fantasmatique qui vient se substituer à la perte de réalité est un monde délirant qui a le mérite de donner sens à un réel hors sens, puisque nous ne voulons rien savoir du réel de la vie. Ainsi, en 1978, il déclare: “ tout le monde est fou, c’est à dire délirant [10]”, tout en maintenant le binaire freudien névrose-psychose.

Cette journée nationale des collèges cliniques du 23 mars 2024, permettra de revisiter ces différentes conceptions, freudienne et lacanienne, qui nous conduisent l’une et l’autre à la clinique du réel quelle que soit la manière d’aborder notre thème de l’année.

Comité scientifique
François Boisdon Président du CCP Ouest
Laurent Combres Président du CCP Sud-Ouest
Lidia Hualde Présidente du CCP Centre-Est
Muriel Mosconi, Présidente du CCP Sud-Est
Frédéric Pellion, Président du CCP Paris
Eliane Pamart, Présidente du CCP Loire et Responsable de cette journée

Comité d’organisation
Pascal Garrioux, Secrétaire du CCP-Loire
Sébastien Vallet, Responsable de l’unité clinique de Nantes
Jean-Michel Valtat, Enseignant à l’Espace-Clinique de Tours
Jacques Vauconsant, Enseignant à l’Unité clinique d’Angers
et les participants de l’Espace clinique de Tours.

Lieu

Faculté de droit, d’économie et de sciences sociales
50 avenue Portalis 37200 Tours
Tramway : arrêt faculté des 2 lions

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Freud S., “Un enfant est battu” 1919, Névrose, psychose et perversion, PUF, Paris,1988, p. 219.
2 Freud S., L’interprétation des rêves, PUF, Paris, 1993, p.526.
3 Freud S., “Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques”, 1911, Tome 1, Résultats, idées, problèmes, PUF, 1890-1920, p. 135.
4, 5 Freud. S, Ibid. op. cit.
6 Freud. S, “La perte de réalité”, 1924, Névrose, psychose et perversion, PUF, Paris, p. 302.
7 Freud. S, Ibid. op. cit, p. 303.
8 Lacan J., “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”, 1958, Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.553.
9 Lacan J., “De la psychanalyse dans ses rapports à la réalité”, 1967 Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 358.
10 Lacan J., Lacan à Vincennes, Ornicar ? 17/18, 1979, p.278.

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