Mensuel 129 - Janvier 2019

Billet de la rédaction

Le Mensuel nouvelle année mais aussi nouveau bureau et nouvelle équipe de rédaction prend le relais de l’équipe éditoriale précédente orchestrée par Anastasia Tzavidopoulou. Il vous propose une continuité dans la transmission de la psychanalyse avec les exposés des deux séminaires de Paris, augmentée du retour des travaux des cartels de notre école et de l’ajout de textes en lien avec l’actualité culturelle : ce mois-ci, Colette Sepel nous livre une réflexion psychanalytique sur le genre et la fraternité à partir du film de J. Audiard, Les Frères Sisters, et Radu Turcanu nous alerte sur un retour lourd d’équivoque de l’humeur « jeaune » quand elle est en place de signifiant maître.

Dans le séminaire École sur « le ou les transferts analytiques », Sol Aparicio pose la question du transfert comme obstacle au désir d’inventer dans le travail de la cure, tandis qu’avec le transfert de travail Anne-Marie Combres demande à quoi s’en tenir hors de la cure mais pas sans elle. Enfin, Marie-José Latour évoque l’impasse d’une topologie de la bande de Mœbius pour nouer l’adresse du transfert-pour l’analyste et le déplacement du transfert de travail.

Dans le séminaire Champ lacanien sur « ségrégations des sexes », Nicole Bousseyroux développe le malentendu autour du mouvement #metoo qui confond pouvoir sexuel avec pouvoir du maître. Anita Izcovich aborde la ségrégation des femmes à partir du statut de la femme pas toute et déplie plusieurs modalités de travail analytique en fonction de la structure du sujet. Éliane Pamart nous rappelle que le discours analytique est le seul à maintenir l’universel de la différence entre les sexes. Esther Morere-Diderot nous parle d’espaces où les ségrégations émergent en lien avec les jouissances des corps de petits sujets.

Parmi les travaux du cartel « Entre ce qui se dit, ce qui se lit et ce qui s’écrit », Bernard Nominé propose une réflexion argumentée sur l’autonomie de la lettre par rapport au signifiant avec l’exemple de l’anagramme et une vignette d’enfant autiste. Corinne Philippe développe l’usage du nœud borroméen par Lacan dans sa tentative de rendre compte des constructions purement analytiques. Deux textes de ce même cartel suivront le mois prochain.

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Lien analytique, lien social ou lien de travail, la psychanalyse comme théorie et pratique s’inscrit dans l’histoire et, Freud l’a souvent souligné, elle ne saurait avoir une place confortable ou définitive dans la société dans la mesure où elle démasque les fictions qui cimentent cette société et met au jour les ressorts inconscients du lien social. Néanmoins, si la psychanalyse est très décriée aujourd’hui, les psychanalystes sont sollicités à recueillir ce que les autres discours écartent ou rejettent de la culture, ils sont un lieu d’adresse possible et le travail de la cure participe à ce titre et à l’instar des arts à une respiration, à une ouverture.

Cette année, hasard ou pas, les deux thèmes des séminaires nous invitent à interroger la place du psychanalyste dans la subjectivité contemporaine ; Lacan parle plus précisément de « rejoindre à son horizon la subjectivité de son époque 1 ». Dit autrement, le psychanalyste ne la rejoint jamais sinon dans le point de fuite, comme celui qui fait piège à regard dans les lois de la perspective d’un tableau.

Lacan reprend le terme d’horizon dans son texte fondateur sur la passe en 1967 : « Je veux indiquer que conformément à la topologie du plan projectif, c’est à l’horizon même de la psychanalyse en extension que se noue le cercle intérieur que nous traçons comme béance de la psychanalyse en intension 2. » Rejoindre l’horizon serait nouer tout ce qui présentifie la psychanalyse au monde, au public, recherches, présentations, colloques… avec ce qui relève du travail de la cure. Les psychanalystes sont invités à rejoindre l’horizon, c’est-à-dire à suivre un trajet qui avec Lacan est celui d’une coupure susceptible d’engendrer une surface sur le modèle du cross-cap et du huit intérieur.

Aujourd’hui encore, la psychanalyse dépend des psychanalystes et de la place qu’ils (a)ménagent au discours analytique dans la ronde conflictuelle des discours.

Claire Duguet

Pdf du Mensuel

Sommaire

Billet de la rédaction

Séminaire EPFCL à Paris
« Transferts »

Séminaire Champ lacanien à Paris
« Les ségrégations »

Entrée des artistes

Les cartels de l’École

Billet d’humeur

 

Bulletin d'abonnement
Anciens numéros

  • 1. J. Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », dans Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321.
  • 2. J. Lacan, « Proposition sur le psychanalyste de l’école », dans Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 256.