Mensuel 047 Décembre 2009

Introduction

Par Patricia Dahan

En guise d’introduction, je vais vous faire partager, à travers ma lecture, l’aperçu que ce dernier numéro de l’année offre sur l’impor- tant travail mis en chantier au sein de notre École dans le cadre du séminaire Champ lacanien qui s’est déroulé en 2008-2009 sur le thème « La psychanalyse appliquée au malaise contemporain » ainsi qu’au cours des soirées préparatoires au colloque qui aura lieu les 5 et 6 décembre au palais des Congrès sous le titre « Psychanalyse et religion ».

Pour commencer, revenons aux dernières séances du séminaire Champ lacanien du programme 2008-2009.
Si avec les transformations de la société et du lien social les symptômes prennent des formes nouvelles, les fondements de la psy- chanalyse eux ne changent pas. En s’appuyant sur cette hypothèse, les intervenants invités, au séminaire Champ lacanien, à s’exprimer sur la présence de la psychanalyse dans le monde contemporain ont montré comment le discours analytique peut être une réponse pour sortir du malaise auquel il est si souvent fait référence. Trois des interventions qui ont eu lieu au cours de ce séminaire sont publiées dans ce numéro, à la suite de beaucoup d’autres déjà parues dans les précédents numéros.
Jacques Adam aborde la question du malaise contemporain par le malaise de l’objet, « l’objet en trop ». En effet, au cœur du nouveau malaise dans la culture il y a cette volonté d’éliminer tout ce qui est différent, « d’étrangéifier [...] tout objet dans lequel on n’arrive pas à se reconnaître ». Jacques Adam met l’accent sur le danger de la discrimination, qu’elle soit positive ou négative, et nous invite à nous pencher sur l’ouvrage de Guy Konopnicki, La Banalité du bien, pour considérer le malaise des identités politico-religieuses.
Jean-Pierre Drapier souligne ensuite que le discours capitaliste n’est pas une forme moderne du discours du maître mais qu’il le subvertit en substituant la frustration à la castration comme rapport à l’objet. Il en résulte « une injonction à jouir qui n’est que jouissance d’objets en toc », une injonction surmoïque « jouis » qui conduit à l’angoisse ; autre façon d’examiner le malaise contemporain par le malaise de l’objet.
De manière différente, chacun de ces deux auteurs aborde la question du malaise contemporain par le rapport à l’objet, soulignant l’un et l’autre que le discours analytique qui produit un nouveau rapport à l’objet pourrait être un moyen de sortir du malaise.
La dernière intervention à ce séminaire, celle de Didier Castanet, parle du corps dans notre époque. Cela le conduit à examiner com- ment les effets du discours capitaliste et du discours de la science sur le corps conditionnent le symptôme et à observer les incidences de ces discours dans la clinique analytique.

En ce qui concerne la préparation des journées de décembre, nous arrivons au terme de la publication d’une série d’articles qui ont nourri ces derniers mois la réflexion sur Dieu et la religion. Dans cette dernière série d’articles, il est question des différentes faces de Dieu et de ce qui dans la référence à Dieu s’articule avec la jouissance.
Muriel Mosconi, en citant l’unique séance du séminaire Les Noms du Père, évoque la Bible et le sacrifice d’Abraham. Ici les différentes faces de Dieu sont le Dieu qui demande le sacrifice et le Dieu qui arrête la main. La jouissance apparaît dans la voix de Dieu et l’articulation entre la métaphore du Nom du Père et l’objet a.
Claire Duguet en passe par les différentes faces de l’amour pour atteindre le grand Autre qui aurait plusieurs faces de Dieu : « le Dieu de l’exception paternelle qui fonde le tout phallique » et l’autre face de Dieu non articulable à l’universel de la loi.
Bernard Nominé nous engage dans une discussion à partir de « l’ahurissante » histoire de Caïn et Abel et du signe mis par Yahvé sur Caïn, « le signe de notre humanité qui nous distingue du divin ». Mais que cache ce signe, une autre façon d’examiner les différentes faces de Dieu ? Un Dieu paradoxal ? Nous le découvrirons à la lec- ture de ce texte.
L’homme, nous fait remarquer Marc Strauss, rêve d’un Dieu tout savoir qui saurait le vrai sur la jouissance. Mais ce Dieu n’existe pas. Alors y aurait-il une autre face de Dieu qui en saurait un bout sur la jouissance ? Oui mais « une autre jouissance exclue de la nature des mots », la jouissance féminine et la jouissance de lalangue. Ce second Dieu « reste caché au fond de lalangue ». Un deuxième Dieu donc tapis sous lalangue.
Entre les lignes il se dégage de toutes ces lectures une opposi- tion entre la division irréductible du parlêtre et l’idéal. C’est par un récit de fin d’analyse que Vicky Estevez souligne cette opposition et termine par un witz.
Isabelle Cholloux faisant consonner divan et divin, Dieu et inconscient examine comment peuvent se conjoindre l’athéisme de Freud et le phénomène religieux. Tandis que Francis Dombret évoque Françoise Dolto et sa croyance. Ce dossier nous offre égale- ment la contribution d’un philosophe, François Dutrait, qui, analy- sant « l’athéologie » des philosophes et soulignant que l’athéisme suppose malgré tout une croyance, fait l’hypothèse d’une dénégation.
Dans la rubrique « Chronique », Marie-José Latour nous invite à nous divertir : par anticipation à l’intermède qui aura lieu lors de la soirée à La Coupole le samedi 5 décembre à l’occasion des Journées nationales sur « Psychanalyse et religion », elle nous propose une interview de Sébastien Lange. Sébastien Lange est un comédien, lecteur de Lacan qui a séduit nos collègues de Bordeaux en ayant su « faire entendre Lacan sur scène ». À Paris le 5 décembre il présentera opportunément, en résonnance avec le thème des Journées, des fragments de « La messe de l’athée » d’Honoré de Balzac.

Nous terminerons notre lecture par la chronique de Claude Léger, que je lis en réalité en premier comme beaucoup des lecteurs du Mensuel, « et là on ne rit plus ! », nous dit-il dans son billet d’humeur.

Sommaire

Patricia Dahan : Introduction
Séminaire Champ lacanien 2008-2009 : La psychanalyse appliquée au malaise contemporain
Jacques Adam : Le malaise de l’objet
Jean-Pierre Drapier : Jouir du capitalisme
Didier Castanet : Des-corps contemporains

Journées nationales de l’EPFCL-France de décembre 2009 « Psychanalyse et religion » Textes préparatoires
Muriel Mosconi : La ligature d’Isaac, une référence de Lacan
Claire Duguet : Des dieux qui font « bigler » les femmes
Bernard Nominé : Caïn le signe
Marc Strauss : De l’Autre à l’un
François Dutrait : Comment (ne pas) parler de Dieu ?
Vicky Estevez : Dieu, à la fin ?
Francis Dombret : Françoise Dolto : une croyante à peu près viable ?
Isabelle Cholloux : Divan, divin

Chroniques
Regard
Marie-José Latour : « Lacan, Louvain, 1972 » Entretien avec Sébastien Lange
Des nouvelles de l’« immonde » n° 25
Claude Léger : Dans l’œil du bouillon