Mensuel 031 - Février 2008

Introduction

Par Carlos Guevara

« Cependant, si vous le souhaitez, je veux bien tenir un discours de vérité, à ma façon, et sans prétendre rivaliser avec vous car je ne tiens pas à faire rire de moi. Examine donc, Phèdre, s’il est besoin ici d’un discours qui fasse entendre la vérité sur Éros, mais où les mots et l’agencement des phrases seront tels qu’ils me viendront dans l’aventure de cette parole. »
Socrate dans Platon, Le Banquet, traduction de Maël Renouard, Paris, Rivages Poche, 2005, p. 19

L’année 2007 a été très riche en travail et en échanges, et ce numéro du Mensuel nous en présente encore ses fruits.

Pour commencer, trois textes sur le transfert présentés lors du séminaire d’École de l’année précédente ; ensuite un travail sur l’éthique de la psychanalyse exposé dans le cadre du séminaire du Champ lacanien de cette année ; puis un travail qui se fait encore l’écho de nos débats sur l’identité avant d’accueillir la publication des travaux de nos journées nationales du mois de décembre ; enfin, deux petits textes qui s’intéressent à la question du temps sous une double modalité pour entamer la discussion du prochain rendez-vous international : le temps de la cure et le temps dans lequel la psycha- nalyse s’inscrit aujourd’hui.

Jean-Pierre Drapier nous parlera de l’amour comme pivot de l’expérience analytique, pivot qui introduit une équivalence entre le discours de la cure et le discours de l’amour. Avec le support du poème il nous montre comment l’amour de transfert permet un cheminement dans la cure, un changement de position, du « parler de lui sans parler à vous » au « parler de lui à vous », de l’amour narcissique au nouvel amour de la fin de la cure, le fil conducteur étant l’amour de transfert.
Patricia Zarowsky nous montre que la division du sujet est une condition pour entrer dans le transfert, elle s’interroge sur le transfert négatif et se demande si son ressort est l’amour. En tout cas, le transfert réactualise une demande originale, la demande adressée à l’Autre par l’enfant et qui le constitue comme divisé. Ensuite, elle pose la question cruciale du transfert dans les cas des psychoses : est- ce le même transfert que celui du névrosé et s’agit-il du même amour ?
Annie Claude Sortant-Delanoë nous introduit à la question de l’impasse du transfert et de ses issues possibles. En effet, au commencement était le transfert, à la fin est le transfert... encore. En tout cas pas sans transfert, mais comment aller au-delà du transfert à l’analyste ? Passage de la position de l’analysant à l’analyste, il s’agit donc d’un désir déterminé, soutenu par une position éthique, fruit de la cure, d’un sujet désidentifié et dégagé du fantasme. Désir de savoir qui l’oblige à s’interroger sur sa position dans la cure, des dispositifs pour poser cette interrogation existent : le contrôle, le cartel, la passe, l’École étant le lieu pour les faire exister. Donc, pas d’analyse sans transfert, pas de transfert sans analyste, pas de cure sans désir de l’analyste, pas d’analyste sans éthique.

L’éthique de la psychanalyse est précisément le sujet dont nous parle Jean-Jacques Gorog, qui nous introduit, à partir d’une subtile réflexion sur la notion du discours chez Lacan, à la question suivante : « La question du discours, comment s’articule-t-elle à l’exercice de la psychanalyse, c’est-à-dire à l’éthique qui la commande ? » Il nous montre que l’opération de l’analyste, l’interprétation, consiste à interpréter un discours à l’aide d’un autre discours. Le discours à interpréter se situe du côté analysant, discours de l’inconscient à partir du discours analytique. Dans cet article, Jean-Jacques Gorog nous rend sensible le fait que l’éthique est la voie droite de ce discours et dépend du discours concerné : pour le discours analytique, l’éthique consiste à maintenir l’analysant dans le discours analytique, la bous- sole du désir l’aidant à se repérer.

Michel Berlin développe un point déjà évoqué dans le texte de A. C. Sortant-Delanoë : l’importance et la fonction du cartel dans l’École, les cartels qui font l’École, adresse où chacun peut faire circuler sa question. Ainsi, le cartel reste le moyen pour chacun de se laisser travailler par la psychanalyse et de remettre en jeu sa question de sujet.

Une articulation avec l’identité est établie, puisque, comme nous l’avons vu dans nos journées de décembre, si l’identité n’est pas un concept psychanalytique, il est incontestable qu’elle est une question, sinon la question centrale d’une analyse.

Pour finir, deux textes sur la question du temps. D’une part, D. Chatelard nous rappelle l’importance de la notion de rétroaction dans le temps de la cure, et en termes temporels que pour la psychanalyse la référence au futur antérieur, dans l’après-coup de l’élaboration symbolique, est précieuse. Elle fait résonner cette belle formule de Lacan dans « Radiophonie » : « Il faut du temps pour se faire être. »
D’autre part, Claude Léger nous présente une nouvelle et savoureuse chronique de l’immonde. Il nous fait sentir la présence de cette modalité du temps qui rend compte de notre époque, et les enjeux que cela représente pour la psychanalyse. J’ai envie de lui dire merci de nous tenir si bien informés des QI, des TDAH, E110, E122 et de toutes ces autres « trouvailles », inquiétantes ou risibles, avec ce style qui au contraire des « trouvailles » nous maintient éveillés.
Bonne lecture.

Sommaire

Carlos Guevara : Introduction

Séminaire École 2006-2007
Le transfert : impasses et issues
Jean-Pierre Drapier : L’impasse du transfert, ça passe par l’amour
Patricia Zarowsky : Transfert et division du sujet
Annie Claude Sortant-Delanoë : Avant, pendant, après

Séminaire Champ lacanien 2007-2008
Éthique et discours
Jean-Jacques Gorog : Éthique de la psychanalyse et discours analytique

Travaux des cartels
Michel Berlin : L’identité en question dans le cartel

Textes d’introduction au 5e rendez-vous de l’IF-EPFCL :
Les temps du sujet de l’inconscient
Préliminaire 2
Daniela Chatelard Scheinkman : Du temps

Chronique
Des nouvelles de « l’immonde » n° 9
Claude Léger : Du QI, du TDAH, de l’E110, E122, E104 et de quelques autres...