Mensuel de l'EPFCL-France

Billet de la rédaction

Tel ce printemps qui perce et distille cette lumineuse fraîcheur revigorante, si différente d’une région à l’autre, ce nouveau numéro donne à lire des textes exposés par nos camarades, où chacun est si singulier dans son abord.

Ainsi, au séminaire École « La parole et son dire », le 2 mars 2017, Elisabete Thamer propose d’interroger à quelle condition le Un-dire, « le dire efficace », peut résulter du processus analytique et comment il met à sa place cette jouissance « castrée » (de – φ à Φx), seul appui pour le parlêtre à suppléer au non-rapport. Comment parvenir à repérer – entre demande, joui-sens et interprétation efficace – ce qu’il en est des enjeux et des conditions pour que le seul médium de la parole, au-delà du pharmakon de l’association libre, passe au dire. Comment le « dire de l’analyse », tel que Lacan le définit dans « L’étourdit », « réalise l’apophantique qui de sa seule ex-sistence se distingue de la proposition », ouvre le passage de l’impuissance à l’impossible, où la passe permettrait de vérifier « que le discours analytique ait enfin son fruit ».

Pour David Bernard, le dire d’une femme, comme la psychanalyse, pro-cède du dire de cette vérité qui dé-range. Ou, pour le dire autrement, l’amour toujours contingent, pour une femme, d’être pas-toute, ne va pas sans la nécessité du dire vrai du non-rapport ; soit cette « fructueuse impudence de produire la vérité », fondement de cette jouissance non identifiante, par opposition à la pudeur phallique. Dès lors, s’impose de reconsidérer la théorisation de la sexualité féminine comme conséquence d’un dire pas-tout :

  • – la jouissance phallique, qui n’est pas réservée aux hommes, mais qui ne fait pas rapport ;
  • – ce qui s’éprouve dans le rapport à la parole, notamment « la prothèse de l’équivoque » qui caractérise lalangue, engendrée par l’ensemble des femmes ;
  • – la jouissance Autre, supplémentaire et non complémentaire.
  • Evie parle au serpent-phallus, hétéro ; ce qui répond au nécessaire du pas qu’il faut – du faut-pas du péché originel, le sin du sinthome – du non-rapport qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, à moins qu’on lui oppose le cesse de la castration.

Le 16 mars 2017, au séminaire Champ lacanien, « Croyance, certitude, conviction », Armando Cote intervient sur la question du temps logique pour dire l’originalité introduite par Jacques Lacan d’ajouter à la logique le temps, soit une ponctuation, pour que la fonction temps engendre la certitude. Compter 3 ou plus exactement 2 + a, car c’est a l’opérateur qui « porte le nombre », veut dire que le temps logique ne peut se saisir qu’à partir des scansions suspensives qui font preuve. C’est le lien entre temps et vérité qui produit, dans le moment de conclure, un arrêt du temps pour comprendre et l’inversion de la demande en désir, la certitude. Le moment de conclure est hiatus entre ce qui est vu et ce qui n’est pas ça. Un croisement des lignes, comme l’illustre si bien le tableau Les Ménines de Vélasquez. Par contre, la conviction ne compte pas jusqu’à 3, ce qui ne permet aucun effet de séparation. Elle repose sur un savoir absolu : l’Autre trompeur et l’Autre de la vérité. Sans équivoque, il n’y a pas d’interprétation possible ; pas plus que de sujet qui est solidaire du comptage.

Au séminaire d’Albert Nguyên « Une erre éthique, le dire de l’amour », Bruno Geneste explore l’Un-possible de l’amour, ce pas gagné de -J. Lacan sur l’impossible du rapport sexuel, à partir du commentaire de trois phrases prises dans le séminaire Encore.

Dans son intervention du 24 février 2017 au Forum du Champ lacanien à Beyrouth, Frédéric Pellion reprend pas à pas le commentaire que fait J. Lacan dans les sept leçons du séminaire Le Désir et son interprétation à partir du constat que quelque chose ne va pas dans le désir d’Hamlet puisque « tout est d’accord pour qu’il agisse et il n’agit pas ».

Pour son exposé au séminaire animé par Dominique Marin, François Terral suit l’indication de J. Lacan de « repenser un peu sérieusement le mal ». Penser l’irréductible différence. Il interroge ses propos : « Comme effet de langage, le mal l’habite » ; « L’homme a toujours su s’adapter au mal ; c’est le seul réel concevable... », un des noms du réel, et les met en résonance avec un essai d’Alain Badiou sur « la conscience du mal ».

Dans une note succincte et précise, Colette Soler présente ici quelques considérations à propos de certaines mœurs actuelles relatives aux effets de jouissance de lalangue et des langues.

Que le « qu’on dise » ne reste pas trop oublié est la meilleure lecture que je vous en souhaite.

Géraldine Philippe

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Sommaire

Séminaire EPFCL à Paris
« La parole et son dire »

Séminaire Champ lacanien à Paris
« Croyance, certitude, conviction »

Amour et désir

Le mal entre champs

Langues et inconscient

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