Mensuel de l'EPFCL-France

 

Billet de la rédaction

 

« Il y a bien, si l’on veut, quatre termes dans la métaphore mais leur hétérogénéité passe par une ligne de partage : trois contre un, et se distingue d’être celle du signifiant au signifié 1. »

J. Lacan

Si la publication du Mensuel a pour vocation de diffuser des textes de membres de notre communauté analytique qui rendent compte de sa vivacité et de l’actualité des questions qu’elle se pose à travers leurs interventions, il n’en demeure pas moins que leur lecture reste à la charge de celui qui s’y intéresse.

La visée du sommaire est de nous renseigner sur les noms des auteurs et les titres des textes qui donnent spécifiquement corps à chaque numéro du Mensuel, mais il est un fait que de sa simple lecture, déjà se dévoile sa trame – osons dire sa structure.

Ce numéro d’avril se compose de sept textes répartis entre quatre rubri-ques bien distinctes, « Séminaire EPFCL à Paris », « Séminaire Champ lacanien à Paris », « Journées nationales EPFCL 2018 à Paris » et « Collèges de clinique psychanalytique ». Tout d’abord, nous pouvons constater que tou-tes les rubriques comportent deux textes chacune, à l’exception de la troisième, qui, avec un seul texte, se distingue des trois autres et leur devient hétérogène. Ensuite, l’énoncé des titres des rubriques fait apparaître que seules les trois premières citées partagent un trait commun qui les apparie, lié au lieu où se tient l’activité. Nous pourrions continuer ainsi et arriver, par le biais de la relation d’équivalence, à spécifier chaque rubrique par les rapports qu’elle entretient avec les deux autres, au regard de la quatrième qui occupe vis-à-vis d’elles une place d’exception, d’exclusion même, mais place paradoxale en tant qu’elle leur ek-siste. Ainsi, cela n’est pas sans nous rappeler ce que Lacan énonce à propos de la structure de la métaphore : la ligne de partage de l’ordre de trois contre un est chère à Lacan, qui en use tout au long de son enseignement depuis l’exploration de la métaphore jusqu’à l’élaboration du nœud borroméen, sans oublier le recours répété à la mise en parallèle de séries homologues de trois termes au regard d’un quatrième qui leur ek-siste, et vers lequel elles convergent.

L’exclusion, l’exception sous la forme de ce qui ek-siste est toujours logiquement déjà là, participant de la structure même comme de celle des discours établie par Lacan, celle des quadripodes, qui relève de l’organisation spécifique des relations orientées qu’entretiennent entre elles les quatre places vides de la vérité, du semblant, du plus-de-jouir et de la production – en attendant que viennent s’y loger les quatre éléments de la suite ordonnée S2, a, $ et S1. Là, c’est la vérité qui occupe cette place d’exception, inrejoignable, figurant par là qu’elle ne peut être que mi-dite. Dès lors apparaît que, structurellement et logiquement, une relation d’exclusion est toujours exigible.

Or, à l’heure où la psychanalyse et l’inconscient font l’objet d’une exclusion tant dans la cité que dans les institutions, que peut faire le psychanalyste de notre époque en tant que c’est à lui qu’il appartient de penser la psychanalyse à la fois au sens de l’expérience analytique et au sens de son extension ?

C’est peut-être là que cette relation d’exclusion a à prendre, sinon tout son sens, au moins toute sa place. Si, en ce qui concerne les discours, sur le plan historique ou mythique, exclusion rime avec ségrégation, il est à rappeler qu’en ce qui concerne la nécessité logique, l’exclusion au contraire, sous la forme de l’au moins un et de son existence logique, fait consister l’ensemble des hommes et reste le garant de la consistance du tout, du tout phallique, tandis que, comme le rappelle Lacan dans …Ou pire, c’est la nécessité logique de la supposition d’inexistence, celle de l’au moins une bien sûr, qui assure que La femme toute, non soumise logiquement à la fonction phallique, n’existe pas, faisant de celle-ci La barré femme qui garantit le non-rapport sexuel, quel que soit le sexe anatomique des deux partenaires. Quelle fonction cette nécessité logique de la supposition d’inexistence pourrait-elle jouer dans la perpétuation de la psychanalyse ?

De même que dans le discours analytique ce dont il s’agit, c’est de donner à ce qui s’énonce de signifiant une autre lecture que ce qu’il signifie, ce qui se dégage de ce numéro du Mensuel, à travers les textes et le style singulier de chacun des auteurs, c’est qu’il est possible de donner une autre lecture aux changements de mœurs et de discours qui s’inscrivent du côté de l’histoire, en s’appuyant sur les écrits que Lacan nous a transmis, à savoir les formules de la sexuation et le nœud borroméen, et une invitation voire une incitation à une lecture au-delà du sens, une lecture entre les lignes, une lecture qui extrait le fil logique de son enseignement, et qui, à le suivre tel le fil d’Ariane, permettra aux psychanalystes de s’orienter par rapport aux problématiques de leur époque, comme sept se sont risqués à le faire ici en offrant au débat leur réflexion singulière, et au lecteur l’occasion de découvrir, au-delà du sens, la logique qui se lit entre les lignes.

Patricia Martinez

Pdf du Mensuel

Sommaire

Billet de la rédaction

Séminaire EPFCL à Paris
« L’inconscient c’est la politique »

Séminaire Champ lacanien à Paris
« La voie éthique de la psychanalyse »

Journées nationales EPFCL, 24-25 novembre 2018, Paris
« Les symptômes de l’inconscient »
Pré/textes de la commission scientifique

Collèges de clinique psychanalytique
« Clinique différentielle des sexes »

 

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Anciens numéros

  • 1. J. Lacan, « La métaphore du sujet » (1961), dans Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 890.