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Lesdits déprimés

La revue nationale des Collèges cliniques n° 9 - Mars 2010 -
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Editorial revue n° 9 : Lesdits déprimés



Editorial



Eliane Pamart



Contrairement à la nomenclature d’aujourd’hui du DSM où la dépression est devenue un signifiant à tout nommer, ni la psychiatrie, ni la psychanalyse n’en ont fait un terme de structure. La psychologie a repris à son compte ce terme que le discours médical avait lui-même emprunté au latin au XIV siècle désignant «  affaissement, enfoncement ».

Avec la naissance de la psychanalyse, dès 1895, Freud définit les états dépressifs comme une « perte de libido » qu’il repère dans les situations de deuil et dans la mélancolie. Cette perte de libido est liée à la perte d’un objet qui concerne aussi bien l’objet aimé, que la perte d’un idéal ou une perte méconnue que le sujet éternisera dans sa plainte ou dans sa litanie mélancolique.

Lacan poursuivant le travail de Freud, cerne la perte originelle que le petit d’homme rencontre dès son entrée dans le langage. Son « insatisfaction générique » (Colette Soler) est inhérente à la condition d’être parlant.

Le fondement de la clinique psychanalytique repose précisément sur l’écoute et le recueil de ces dits déprimés et se doit de s’orienter dans la structure, au cas par cas, jusqu’au dire de cette perte inaugurale.

La tristesse qui accompagne à l’occasion « Lesdits déprimés », Lacan la qualifie de « faute morale » en opposition au « gay sçavoir » qui serait lui une vertu, en référence à l’éthique chrétienne. Mais si la vertu n’absout aucun pêché, la faute morale est bien un pêché, une lâcheté morale face au « devoir de bien dire ou de s’y retrouver dans l’inconscient, dans la structure1». Quant à la vertu du gay sçavoir, elle consiste « non pas à comprendre, piquer dans le sens, mais le raser d’aussi près qu’il se peut sans qu’il fasse glu pour cette vertu, pour cela jouir du déchiffrage2

Ainsi la psychanalyse se définit comme l’éthique du bien dire, un bien dire sur la perte d’objet ou sur son vide, qui témoigne de la jouissance du sujet déprimé.

Les Collèges de clinique psychanalytique, puisque c’est ainsi qu’ils se nomment désormais, ont peut-être plus que tout autre vocation à relever le défi quant aux diagnostics si confus de notre psychiatrie moderne, qui se cantonne aujourd’hui, à repérer les symptômes, selon des critères préétablis, de « dépression moyennement modérée ou morbide ».

La clinique psychanalytique vise le Réel, et conduit nécessairement les analystes à s’interroger sur ces dits déprimés, qui pris dans le discours courant, n’en masquent pas moins ce Réel, qui fonde son éthique.


L’élaboration des textes de ce numéro 9 de notre Revue Nationale des Collèges de clinique psychanalytique reflète le dynamisme de nos Formations cliniques du Champ lacanien en articulant sa recherche théorique à la clinique de notre monde contemporain.

Ainsi vous trouverez successivement les fondements historiques et théoriques de la dépression, ses références philosophiques, mais aussi sa singularité clinique, les affects qu’elle mobilise et pour terminer, les différents abords de la mélancolie, sans oublier les productions artistiques et littéraires qu’elle peut inspirer.

Nous remercions chaque auteur de cette revue, pour son engagement dans ce pari qui ne peut être qu’enseignant pour tout clinicien qui consent à interroger au-delà des symptômes de la dite dépression.






Sommaire



I Présentation des collèges de clinique psychanalytique du Champ lacanien par Jacques Adam

Editorial Eliane Pamart


II Travaux des collèges de clinique psychanalytique de France et des Espaces cliniques associés


Les coordonnées historiques de la dépression


Positions dépressives, Colette Chouraqui –Sepel

Dépression et désir, Eliane Pamart

Quelques conséquences du débat Freud-Abraham, Jean-Jacques Gorog

A propos du Surmoi, Bernard Nominé



St Thomas, Dante, Spinoza et Lacan


Le vice du vice, Michel Bousseyroux

Le démon de l’ Acédie, Carmen Gallano

Dante et la lâcheté morale, Muriel Mosconi



Le dit déprimé et ses variantes cliniques


Maladies de l’idéal, Sol Aparicio

La face indévisageable de la perte, Marie-José Latour

Les mots de fausse espérance, David Bernard

L’enfant déprimé : Non-dit de l’Autre ou mal à dire du sujet ? Marie-Noëlle Laville

Affect et dépression


Présentation de l’affect, Albert NGuyên

L’affect ontologique, Christophe Faure

Les déprimés de l’escabeau, Colette Soler


Les différents abords de la mélancolie


Deuil ou mélancolie, Françoise Josselin

Faute et culpabilité dans la mélancolie, Lidia Hualde

Les énigmes de la mélancolie, Luis Izcovich

L’inquiétante étrangeté de la mélancolie, Freud, Abraham, Ségantini, Lacan. Jacques Adam



De Wedekind à l’art contemporain 


Eveil d’Eros, printemps pour Thanatos, Nicole Bousseyroux

Le suicide de l’objet, Marc Strauss








1 Lacan. J, Télévision, Paris, Seuil, 1974, p. 39.

2 Ibid, p.40

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