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Bulletin International de l’Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ lacanien - Juillet 2007
Editorial
Proposition pour le cartel dans l’Ecole, dans sa dimension internationale.
1 - Considérons comme acquise la thèse du cartel pilier de l’Ecole, que nous ne justifierons pas.
2 - Le Cartel existe, et il existe dans notre Ecole. Il existe partout, certainement plus ici et moins là ; là bas se présentant sous forme de groupe, ailleurs comme impossible ; en certains endroits les cartels ont tenu des journées spécifiques, en d’autres les cartellisants ont présenté leurs travaux à l’occasion de journées variées...
3 - Néanmoins, il n’y a jusqu’à présent aucun outil qui permette de rassembler et de connaître les cartels de notre Ecole au niveau international. Voici donc un projet qui, s’il s’avérait possible, et sans se réduire à ce que nous pourrions faire, serait déjà beaucoup : créer un outil qui réunirait tous les cartels de l’EPFCL. Il permettrait de prendre le pouls de l’Ecole, de connaître sont "état de santé" et pourrait instaurer un dialogue avec ce que l’Ecole propose comme thèmes de travail et investigations au-delà des rencontres internationales et des journées locales, les thèmes de travail des cartels donnant des indications sur les préoccupations particulières et les intérêts "au jour le jour". En effet, comme le cartel est un noyau de l’Ecole, il est possible de le penser comme un observatoire privilégié de la vie de l’Ecole
4 - Pour cela, nous proposons une commission internationale des cartels qui serait constituée ainsi :
Le CIOE, par l’intermédiaire d’un de ses membres, s’occupe de la coordination d’une "commission des cartels". Sa fonction serait de veiller au fonctionnement de cette commission et de diffuser au niveau international, tous les deux ans à l’occasion du Rendez-vous, un "’état de la question" des cartels, par le moyen le plus approprié (En ce moment, le seul moyen possible est la voie électronique)
La "commission des cartels" serait constituée en plus par un responsable pour chaque dispositif épistémique d’Ecole (DEL), au total 6 : Argentine, Colombie, Brésil, France, et 2 en Espagne, Italie (de façon provisoire et à reconsidérer si nécessaire à partir des structures qui seront les nôtres à partir de 2008).
Ces responsables des DEL auront pour tâche de procéder à un suivi des cartels, d’obtenir qu’ils se déclarent et notifient leur dissolution, de s’intéresser à l’issue réservée aux travaux effectués par biais des plus-uns ; les déclarations de constitution et de dissolution seront adressées à chaque responsable des cartels de cette commission. Le premier objectif de cette commission sera la publication électronique d’un catalogue des cartels et des activités qui s’organisent autour de ceux-ci, sans que ses fonctions s’y limitent.
En résumé,il s’agit de créer une commission composée d’un coordinateur du CIOE et d’un responsable pour chaque DEL, avec comme premier objectif de réaliser un catalogue des cartels en fonction d’ici 2008
Ramon Miralpeix, Responsable de ce n° 6
Traduction Marc Strauss
Jairo Gerbase : Un cartel, pourquoi ?
Silvana Pessoa : Le cartel : Un pari dans le dispositif, une possibilité de création
Ana Laura Prates Pacheco : L’Ecole "à ciel ouvert", pour une reconquête du champ lacanien
Blanca Sanchez Gimeno : Cartel !... Pour ne pas s’endormir sur ses lauriers !
Patricia Zarowsky : Le cartel ou le gond de l’Ecole
5ème Rendez-Vous international IF-EPFCL
Journées de travail
Auteurs
LE CARTEL
Un cartel, pourquoi ?
Jairo GERBASE.
Je réduis à trois les questions que Lacan propose autour du cartel, à la leçon du 15 avril 1975 du Séminaire RSI. Mais, je ne peux publier qu’une question, à cause de l’espace imparti
1) Pourquoi est-ce que j’ai posé très précisément qu’un cartel, ça part de trois plus une personne, ce que en principe fait quatre, et que j’ai donné comme maximum ce cinq, grâce à quoi ça fait six. Est-ce que ça veut dire que je pense que, comme le nœud borroméen, il y en a trois qui doivent incarner le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel ?
Pour commenter cette question, je vais me référer à l’intervention de Soury, au Séminaire du 17 janvier 1978 qui, au moins, explique de façon satisfaisante pourquoi ça part de trois.
Soury commence en proposant une analogie entre le zéro et la chaîne de deux cercles, et le un et la chaîne de trois cercles.
0 1
Dans le système des nombres, le zéro est l’élément neutre et le un est l’élément générateur.
[0 + 0 = 0] [1 + 1 = 2].
Dans le système de chaînes, le deux est l’élément neutre et le trois est l’élément générateur.
[2 + 2 = 2] [3 + 3 = 4].
Cela veut dire qu’on peut obtenir tous les nombres à partir du un, et on ne peut obtenir aucun nombre à partir du zéro. On peut obtenir toutes les chaînes à partir de la chaîne à 3 cercles et on ne peut obtenir aucune chaîne à partir de la chaîne à 2 cercles. Cela est une exigence du systématisme qui vaut pour les nombres et pour les chaînes, surtout les borroméennes.
Alors, l’opération d’enlacement des chaînes joue le même rôle que l’opération d’addition des nombres. Dans la culture mathématique, le nombre 1 (et la chaîne à 3) est l’élément générateur ou exemplaire. Le nombre zéro (et la chaîne à 2) est l’élément neutre ou dégénéré.
Il y a au moins deux raisons pour qualifier la chaîne à 2 cercles de chaîne dégénérée. La chaîne à deux est l’élément neutre pour l’enlacement, c’est à dire, elle n’engendre rien d’autre. La chaîne à 2 est la dégénération de la propriété borroméenne, c’est à dire, dans un groupe chaque élément est indispensable ; quand on enlève un élément, les autres ne tiennent plus ensemble ; chaque élément fait tenir tous les autres ; tous les éléments font tenir le groupe ; la propriété borroméenne est automatiquement réalisée, alors, la chaîne borroméenne dégénère à 2 car la propriété n’y est pas vérifiée.
Par conséquent, il semble que le trois du cartel s’enlacent de même que le nœud borroméen, c’est pour cela qu’un cartel doit se dissoudre quand au moins un réel se dénoue, ce qui correspond à une propriété borroméenne. En d’autres termes, dans le cartel, tel que dans le nœud borroméen, les trois fonctions discursives sont en jeu, enlacées de façon borroméenne, ce que n’est pas la forme idéale de l’enlacement, car la propriété borroméenne implique qu’en coupant un des anneaux , le nœud se défait.
Traduit par Maria Vittoria Bittencourt
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Le cartel : un pari dans le dispositif, une possibilité de création
Silvana PESSOA
« Sortez de vos fauteuils et produisez un écrit sur ce que vous formulez dans vos analyses
et dans votre clinique et mettez-le à ciel ouvert pour qu’un interlocuteur puisse
pousser la question plus avant. Si vous n’êtes pas encore parvenus à une conclusion
exposez au moins vos crises de travail. Cela aura certainement un effet sur votre acte. »
Autour du cartel.
Pour la transmission de la psychanalyse dans son école, Lacan a parié sur le cartel. Cependant sa formalisation n’a pas toujours été très précise. A l’époque de l’Ecole Freudienne, on ne savait pas très bien comment fonctionnait le cartel et encore moins le Plus-un. De 1964à 1980, quand il créée la Cause Freudienne, Lacan et ses collègues de la communauté analytique ont pu expérimenter plusieurs types de groupe. Il y avait des supposés cartels qui fonctionnaient comme des séminaires ou comme des groupes d’environ 20 personnes. C’est quelque chose que l’on peut vérifier dans des documents et des rapports institutionnels sur cette question. Ce qui devait être la quatrième section de l’Ecole Freudienne de Paris, le cartel, la plus-une section additionnée aux trois autres : Psychanalyse pure, Psychanalyse appliquée, et Recensement du Champ freudien, ce cartel n’a pas fonctionné. Serait-ce là l’échec de l’Ecole ? Si la base se rompt, est-ce que l’édifice s’écroule ? On peut se le demander car dans une plus-une tentative de construction d’une autre école, l’Ecole de la Cause, Lacan insiste sur le dispositif en disant : « je restaure l’organe de base repris de la fondation de l’Ecole, soit le cartel, dont , expérience faite, j’affine la formalisation » [1].
C’est une proposition intéressante, qui dénonçait le savoir « prédigéré » habituellement fourni dans les autres institutions psychanalytiques, une proposition dans le cadre de la logique lacanienne du Pas-tout où se fait sentir l’impact de la destitution d’un savoir. Pourtant, aujourd’hui, plus de vingt ans après, ce que j’entends dans nos réunions, et ce que je vérifie dans notre histoire, c’est que nous n’avons pas encore décollé. Pourquoi ? C’est ce qu’il faudrait analyser. Ces dernières années, dans le champ de la psychanalyse, j’ai observé que l’entrée à l’Ecole se fait généralement par le biais des séminaires théoriques que dispensent les Formations cliniques de chaque forum, par des cours plus ou moins structurés de formation ou par des groupes de recherche. On peut penser que c’est la meilleure façon, la plus sûre, pour un jeune analyste de se protéger, alors que l’on peut vérifier que c’est le lieu même où il veut inscrire sa filiation ; c’est certainement la meilleure façon pour un psychanalyste d’élaborer un savoir, ou mieux, d’acquérir des connaissances sur un point précis car, nous le savons d’autres champs : « c’est en enseignant que l’on apprend »
Cependant, ce n’est ni d’assurance ni d’enseignement qu’il s’agit dans le champ de la psychanalyse, bien au contraire. Nous ne fonctionnons pas dans une structure hiérarchisée, pyramidale, avec des connaissances fondamentales et élémentaires qui doivent être enseignées par les plus expérimentés et assimilées par les plus jeunes qui pourront alors passer au stage suivant. En définitive, nous sommes tous en formation. qui doit et ne peut être que permanente. C’est une chance, ça nous rajeunit ou mieux , ça nous empêche de vieillir !
Nous sommes tous, toujours, entrain de tourner autour du trou, titillant la vérité dans nos analyses et dans la psychanalyse en extension. En cela, je me sens en accord avec le pari de Lacan. Je peux vérifier dans la pratique que nous travaillons mieux, nous nous connaissons et nous reconnaissons mieux avec ceux que nous rencontrons dans des petits groupes. C’est le bon côté du groupe. Cependant, il y a des différences radicales entre les membres d’un cartel, des inconsistances profondes qui se révèlent quand on se rapproche un peu et qui sont insupportables ; avec un peu de générosité et de tolérance, cela peut se solutionner. Ce n’est que de près que l’on aperçoit les imperfections de la peau et les toiles d’araignée cachées derrière les objets, comme nous le rappelle Saramago dans son film documentaire : « Fenêtre de l’âme ». C’est pour cela que cet auteur nous invite à faire le tour du décor, à examiner de près la couronne de la reine de la pièce avant d’idéaliser un objet. Encore une fois il s’agit de faire le tour du trou. Ainsi, nous, membres des Forums, dans les commissions d’accueil, ne devrions-nous pas stimuler le travail en cartel, dès l’entrée, pour ceux qui s’approchent de notre communauté ? Dans l’acte de fondation de l’Ecole Freudienne de Paris en 1964, Lacan le définit expressément : un cartel est en premier lieu la condition d’admission dans l’Ecole. Pourquoi ne privilégions nous pas encore cette forme d’entrée ? On peut approcher cette question avec la phrase dite par Lacan au moment de la fondation de son école : « je n’attends rien des personnes et quelque chose du fonctionnement. » [2] Serons-nous, nous les personnes, à la hauteur de cette attente ? Je me risque à faire l’hypothèse que la principale difficulté pour réaliser ce dispositif du cartel tient dans le processus de sa création et dans son produit.
Une possibilité de création.
En participant à un cartel nous entrons dans un thème qui est général, c’est quelque chose qui nous est donné mais nous ne pouvons aborder l’acte créatif qu’individuellement, en nous impliquant dans une question. C’est dans le choix des mots et des arguments que nous soutiendrons chaque idée, chaque concept, faisant surgir quelque chose de nouveau à partir de ce qui a été donné au départ. Une fois fait le choix difficile des mots, des phrases et des paragraphes, il nous reste à placer le produit dans le monde, à le nommer et à soutenir ce qui a été écrit. Rien de simple ni de naturel, même pour les analystes ! Nous avons pu le vérifier dans notre premier processus créatif puis dans l’histoire et l’actualité de notre Ecole, comme je l’ai déjà dit dans ce travail. Le cartel, sa fin et ses fins, sont déjà posés dès le départ, c’est comme dans l’analyse. Et, concernant le cartel, Lacan a dit : « Allez-y,. mettez-vous à plusieurs, collez-vous ensemble le temps qu’il faudra pour faire quelque chose, et puis dissolvez-vous après pour faire autre chose. » [3]Il faut se dissoudre sinon, c’est la colle assurée. Englués irrémédiablement ! Cela ne convient pas à la logique féminine, la logique du pas-tout. Ce nouage temporaire est nécessaire à la production.
Dans une analyse l’analysant à besoin de l’analyste pour la traversée en diagonale du transfert et dans le cartel on a besoin du Plus-un pour soutenir le travail et provoquer la production du groupe. Dans les deux situations, qu’il s’agisse de l’analyse, qu’il s’agisse du cartel, l’analyste et le Plus-un provoquent la production de savoir à propos de la jouissance mais l’analysant et le cartellisant sont seuls dans le produit, sa parole et son écrit sont sous sa seule responsabilité. Parole et écrit servent à circonscrire le réel et faire passer la jouissance à l’inconscient. Ceci n’est pas sans conséquences, ce passage modifie complètement l’acte ; d’où la nécessité de la coupure, de la destitution et de la dissolution.
Si elle est orientée par cette éthique, quel traitement l’Ecole peut-elle donner à ce produit ? Que faire de l’analyste et de sa création, ou que faire du produit propre à chacun dans le cartel ?
Les artistes font des vernissages, des présentations publiques, des concerts et des soirées de gala. Les analystes ont fait ces dernières années des Journées des cartels. A Sao Paulo, nous avons inventé le Café-Cartel, on peut y déguster thé , café et savourer l’écoute des textes produits par des cartellisants à propos du fonctionnement des cartels, leur crises, leur passes et impasses. Peut-on faire autrement ? Lacan a essayé. Il a utilisé la logique féminine, pas-toute, comme façon de penser et nous a obligés à dépasser l’inertie, la servitude des savoirs institués et l’anonymat de la multitude. Il croyait que pour faire fonctionner le dispositif il suffisait d’une boîte aux lettres. Cela aurait au moins un avantage, disait-il « personne ne demande à faire séminaire dans ma boîte aux lettres. » [4]
« Ca ne demande pas grand-chose : une boîte aux lettres, un courrier, qui fait savoir ce qui, dans cette boîte, se propose comme travail, un congrès, ou mieux, un forum où ça s’échange, enfin, la publication inévitable à l’archive. Un petit bulletin qui fasse le lien pour que les nouveaux cartels qui foisonnent se fassent connaître. » [5] Lacan voulait créer ainsi un tourbillon, la fuite du sens en opposition à la hiérarchie régie par la loi du tout qui ne se soutient que pour gérer le sens, comme la religion.
Finalement, et pour terminer, Qu’est-ce qui nous empêche de réaliser dans notre Ecole - L’Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien - le désir de Lacan, qu’il a exprimé clairement dans la séance de clôture de l’Ecole : « J’aimerais que la pratique de ces cartels que j’ai imaginés s’instaure de manière plus stable dans l’Ecole ». Qu’est-ce qui nous empêche d’embrasser cette cause, de laisser tomber la feuille, d’écrire un texte, et de le publier, de créer quelque chose de nouveau et de le laisser aller ?
Traduction Bernard Nominé
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L’Ecole "à ciel ouvert", pour une reconquête du champ lacanien
Ana Laura PRATES PACHECO
Dans l’acte de fondation de l’Ecole Freudienne de Paris, le 21 juin 1964, Lacan propose l’Ecole comme « l’organisme où doit s’accomplir un travail ». Ensuite, il va définir les objectifs de ce travail : « Restaurer dans le champ ouvert par Freud le soc tranchant de sa vérité - qui ramène la praxis originale qu’il a instituée sous le nom de la psychanalyse dans le devoir qui lui revient en notre monde - qui, par une critique assidue, y dénonce les déviations et les compromissions qui amortissent son progrès en dégradant son emploie ».
Il s’agit, selon Lacan, d’un mouvement de reconquête d’un champ.
L’utilisation des thermes belliqueux est constante, mais évidement, la guerre est prise par Lacan comme une extension de la politique. Nous retrouvons déjà cet abord dans « La direction de la cure et les principes de son pouvoir » quand il propose que la liberté tactique et stratégique ne justifient pas la perte d’orientation politique - ce qui sera encore plus formalisé dans le Séminaire a propos de l’Acte et dans la Proposition de 9 octobre 1967.
Ce que je souhaite relever ici, c’est le pari de Lacan concernant l’exécution de ce « travail de base » qui devient possible par le biais de ce petit groupe qu’il va nommer : cartel.
Dans le dictionnaire, nous pouvons retrouver plusieurs sens pour le mot « base » : soutien, support, principe, origine. A partir de ces références, il est possible d’affirmer que, sans cartel, il n’y a pas Ecole.
Mais il est nécessaire d’y ajouter le sens militaire.
Dans cette voie nous repérons deux bases : une base avancée qui est la base militaire provisoire, dont la localisation est « au front » dans le champ des opérations et a pour fonction le soutien des unités concernées ; et la base des opérations qu’est le campement militaire où sont envisagées les offensives et vers où les soldats reviennent en cas d’échec de leur missions. Donc, il est indifférent que l’objectif soit offensif ou défensif, la base est un lieu fondamental pour les opérations, stratégique et tactique, visant soutenir n’importe quel opération politique.
Curieusement, dans le Préambule de « l’Acte de Fondation », Lacan propose la séparation entre l’enseignement et les dispositifs de la garantie : « Cette fondation, on peut soulever d’abord la question de son rapport à l’enseignement que ne laisse pas sans garantie la décision de son acte. On posera que, si qualifiés soient ceux qui seront en mesure d’y discuter cet enseignement, l’Ecole ni n’en dépend, ni même ne le dispense puisqu’il se poursuit dehors.
Si pour cet enseignement en effet, l’existence d’une audience qui n’a pas encore pris sa mesure s’est révélée au même tournant qu’impose l’Ecole, il importe d’autant plus de marquer ce qui les sépare ».
La question de la place de l’enseignement me semble fondamentale, surtout si nous rappelons que son idée est articulée historiquement à l’éducation.
Eduquer : il s’agit là de l’un des impossibles freudiens, et nous remarquons que de cette impossibilité Lacan a écrit le Discours Universitaire. Or, nous pouvons extraire de cela une conséquence assez révélatrice : si la notion moderne de l’enfance correspond à l’impératif moderne « s’éduquer » qui retrouve sa dernière version dans l’Emile de Rousseau, nous pouvons envisager que le « dispositif d’infantilité » devienne l’un des instruments majeurs de contrôle et domination de la subjectivité dans le monde capitaliste ; ce que Lacan a appelé « l’enfance généralisé ». Le « temps pour s’éduquer » correspondra au temps de transition entre l’enfant et l’adulte, celui qu’est supposé d’être éduqué, mûr, éveillé, adapté. Le discours universitaire met l’enfant à la place de l’objet, laissant le sujet de l’inconscient impuissant pour atteindre sa vérité.
Savoir ° Enfant
Maître // Sujet
Je reprends ce point, qui bien entendu nécessiterait plus de temps pour son développement, pour souligner le rapport entre l’enfance généralisé et le D.U. Ainsi, si nous privilégions l’enseignement au détriment du travail en cartel, ne risquons-nous pas de renoncer un peu trop rapidement à la critique assidue ? Ou encore de faire trop de concessions au D.U. ? On serait, d’une certaine façon, collaborateurs d’une certaine infantilisation de ces que l’on appelle élève, relevant ainsi la place du maître au détriment de la « production de chacun »
La notion précise de Lacan au sujet de la « garantie gratuite » est la logique qui oriente notre formation, guide notre pratique et, souhaitons le, oriente notre expérience d’Ecole. Donc, la question que j’aimerais vous proposer pour un « débat à ciel ouvert » est exactement celle-ci : que peut-on dire de nos bases ?
Pour conclure je souhaiterais attirer votre attention pour l’expression : « A ciel ouvert ». Expression curieusement utilisée par Lacan concernant la psychose.
L’Ecole en tant que refuge, contrairement à ce qui peut paraître, nous renvoie nécessairement à notre condition de délaissement fondamental : au fond, nous sommes tous à ciel ouvert. La précarité de notre condition nous renvoie forcement à la réalité de qu’il n’y a pas de refuge que soit prêt d’avance ou définitif, puisque notre condition de vivant est toujours celle de l’émergence. Revient à chacun sa reconstruction et son renforcement quotidien.
Dans ce sens, il me semble que l’idée que chacun puisse périodiquement exposer sa production à ciel ouvert, renvoie exactement à cette contingence, à cet ensemble ouvert et pas-tout qu’est l’Ecole.
Le champ lacanien n’est pas un champ fermé à reconquérir, mais un champ ouvert qui doit être conquis par chacun, à chaque fois, à chaque manifestation contingente du discours du psychanalyste.
Pour cela nous avons le besoin de parier sur le cartel.
Traduction Sylvana Clastres
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Cartel ! ... pour ne pas s’endormir sur ses lauriers !
Blanca Sánchez Gimeno.
Lacan fait appel au cartel chaque fois qu’il constate la fermeture de l’expérience psychanalytique au niveau du groupe et il produit l’acte de fondation et de refondation d’une Ecole et de sa cause. Dans la Note Adjoint à l’Acte de fondation de 1964, il écrit : « Rappelons que la pire objection que l’on puisse faire aux sociétés de forme existante, est le tarissement du travail, manifeste jusque dans la qualité qu’elles causent chez les meilleurs. Le succès de l’Ecole se mesurera à la sortie des travaux qui soient recevables à leur place ».
Je vais m’interroger sur l’existence d’un épuisement du travail dans notre communauté d’Ecole. Il y a, me semble-t-il, des indices par lesquels cela se manifeste, indices que je mets en relation avec les quelques rares cartels et les productions de ces derniers.
La passe est l’autre grand pilier de l’Ecole pensée par Lacan. La question qui oriente cette réflexion est la suivante : une Ecole de la passe est-elle possible sans que ses membres passent avec assiduité par le cartel ? Cette question conduit à en poser une autre, qui se situe au cœur de ces lignes : N’existe-t-il pas une solide connexion entre le cartel et la passe ? Autrement dit, les cartels et la passe ils sont solidaires. Pour qu’il y ait émergence de ce désir inédit du psychanalyste, que l’on puisse rendre compte de celui-ci dans le dispositif de la passe, et pour que le désir circule, un certain nombre de conditions sont nécessaires à l’Ecole. Ces conditions ne peuvent être réalisées que par le travail soutenu de plusieurs individus dans les cartels. Personne ne soutient seul son désir et il me semble que le cartel est le dispositif le plus adéquat pour cette fonction.
Ce petit groupe qui ne se soutient pas dans l’amour d’un leader ni dans l’attente des réponses de l’Un, qui détiendrait le savoir, se noue à partir du transfert du travail et de la circulation du désir.
Si nous voulons une Ecole vivante dont les membres contribuent préalablement au savoir relatif à l’expérience psychanalytique, on a besoin des cartels qui doivent fonctionner dès le début du parcours psychanalytique. Pour qui veut approcher la formation psychanalytique, le cartel apporte une base qui permet de s’initier aux textes et à la clinique, avec d’autres collègues plus expérimentés. Pour les psychanalystes pratiquants, le cartel donne lieu à un débat entre pairs sur les questions d’actualité brûlante qui viennent de leur propre analyse ou de l’écoute de leurs patients et qui font travailler chacun. Les questions ne sont pas écrites dans les textes et les réponses ne sont pas collectives. Chacun les élabore à nouveau, et elles sont sans cesse renouvelées. Selon le savoir qu’apporte l’expérience, on élabore tout seul... mais pas sans les autres. Pour les analystes que j’appelle de « fin de l’analyse », sujets désidentifiés, le cartel offre l’opportunité de ne pas délirer dans leur coin et de faire fonctionner ce qui les a provoqués, au service du savoir psychanalytique et d’autres savoirs.
J’ouvrirai une parenthèse. Lacan ne voulait pas seulement des analystes dans son Ecole, et le cartel, si on y croit, constitue un bon outil pour nous imprégner d’autres savoirs qui peuvent nous aider à théoriser l’expérience analytique, si nous sommes en mesure de susciter pour elle l’intérêt des gens des autres disciplines. Cela impliquerait de pousser le champ lacanien avec le tour des discours et le plus de savoir qui peut s’y décanter !
Lacan voulait une Ecole qui ne démente pas le réel en jeu dans la psychanalyse et ses tentatives d’Ecole ont été sa réponse à ce désir, avec des structures collectives, le cartel et la passe, qui permettaient d’aller contre la tendance de tout groupe du démenti du réel, réel à partir duquel se forme l’analyste, ajoute Lacan. Une Ecole qui repose sur le pas-tout du savoir touche une pointe de réel. Pour que la formation des psychanalystes ne méconnaisse pas les impossibilités dans lesquelles se manifeste le réel, et que le savoir à venir puisse être possible, l’analyse personnelle ne saurait suffire. Même si elle donne une idée de la structure de son propre savoir inconscient et du vide sur lequel elle se fonde, il ne faut pas que la chaîne se brise. Il est nécessaire de nouer plusieurs vides afin de pouvoir soutenir ce savoir si l’on ne veut pas sa disparition, et ce nouage borroméen, possible d’après Lacan, se fait et se défait à diverses reprises en cartels successifs. C’est là la seule manière de maintenir ouverte la béance de ce savoir pulsatile, qui se renferme si on ne le travaille pas suffisamment. La plus grande aspiration des êtres humains, nous le savons tous, est un vouloir inégalé, de ne rien vouloir savoir du réel qui nous habite, et si les psychanalystes prétendent ne pas s’endormir sur leurs lauriers, le cartel leur permet de rester éveillés dans la rencontre avec d’autres collègues qui, à travers leur écoute des questions et du désir, relancent le désir de savoir de chacun.
Le cartel crée un espace d’intimité nécessaire au déploiement des questions et de la recherche de chacun. Mais pour que cela soit possible, la confiance est nécessaire : confiance réciproque que ce qui se dit sera écouté avec respect, même si cela peut sembler très peu articulé ; confiance que la réponse de l’autre n’est pas fondée sur la mauvaise foi mais dans la tentative de faire avancer ; confiance à traiter les crises possibles ou les hausses de ton qui, à un moment donné, peuvent animer l’un des participants du cartel ; confiance que ce réel qui appartient à chacun et qui donne son style, sa touche particulière, avec ses vertus et ses défauts, pourra être supporté par la structure de ce petit groupe ; confiance que ce qui se saisit chez chaque membre, au-delà de ses propos, dans son versant le plus pulsionnel et désincarné, ne sera pas utilisé pour miner l’être, ni dans la communauté locale ni en dehors d’elle.
Un cartel ne peut pas se soutenir sans que la si fréquemment nommée éthique de la psychanalyse s’incarne dans ceux qui constituent le cartel. Le travail en commun est seulement possible si cette éthique est vécue dans les actes, non seulement les actes analytiques durant les séances, mais aussi dans les petits actes où nous nous rejoindrons. Si ces conditions sont remplies, le cartel est un appareil exceptionnel sur lequel on ose réfléchir, mais non pas pour répéter la doxa connue, lieu où ce qui n’a pas été écrit peut avoir l’opportunité d’advenir. Selon Lacan, le plus Un doit veiller à cette élaboration provoquée. Lorsque le cartel fonctionne, il tisse parmi ses membres des liens de travail et de savoir subversifs qui n’ont rien à voir avec le discours du maître ou le discours universitaire. Lorsqu’un cartel fonctionne, il soutient ce que chacun de ces membres a à dire... et qui n’a pas toujours été dit. Dans le cartel, on écoute parfois le dire de chacun, ce qui comporte une expérience peu fréquente.
Le cartel actualise le désir de maintenir la psychanalyse vivante, seule raison pour laquelle une Ecole est nécessaire. Si l’Ecole des Forums veut que la Passe soit une opportunité, ses membres ont besoin de tisser la structure qui la sous-tend, qui n’est autre que les cartels.
Traduction Maricela Sulbaran
Extrait de la Comunication presentée lors des Journées de L’Ecole DEL-F5- Espagne, San Sebastián, Février 2007.
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Le cartel ou le gond [6] de l’Ecole
Patricia Zarowsky
L’existence de l’ Ecole dépend de l’existence des cartels. Ils sont indissolublement liés. Ainsi l’a pensé, théorisé et mis en place Jacques Lacan lorsqu’il fonde l’ Ecole Freudienne de Paris en 1964.
Lacan fonde l’EFP sept mois après avoir été interdit d’enseignement à l’IPA (International Psychoanalytical Association) à laquelle il appartenait. Il n’hésite pas à comparer cette exclusion à ce « qu’on appelle en d’autres lieux l’excommunication majeure » [7] en ce que c’est la praxis psychanalytique dans sa structure même qui est sanctionnée là par l’IPA. Cette praxis Lacan la désigne comme « une action concertée par l’homme...qui le met en mesure de traiter le réel par le symbolique » [8].
_ Nous trouvons déjà dans cette leçon les prémisses de ce que Lacan développera dans l’Acte de Fondation comme programme pour son Ecole et à quoi il donnera une autre portée dans son enseignement lorsqu’il développera le concept de Champ lacanien à partir des quatre discours.
Je vous invite à relire le texte « Champ lacanien » de Colette Soler écrit en août 2000, trop riche pour le réduire à quelques énoncés. Je n’en dirai que trop peu mais ce texte développe à l’instar de Lacan ce que ce concept, qui est dans l’intitulé de notre école, porte comme objectif de travail : « développer le champ lacanien consiste à faire prévaloir l’hypothèse lacanienne dans la civilisation »
Pour Lacan l’Ecole est le lieu « où doit s’accomplir un travail- qui dans le champ que Freud a ouvert, restaure le soc tranchant de sa vérité- qui ramène la praxis originale qu’il a instituée sous le nom de psychanalyse dans le devoir qui lui revient en notre monde -qui, par une critique assidue, y dénonce les déviations et les compromissions qui amortissent son progrès en dégradant son emploi. » [9]
Lacan fait reposer l’exécution de ce travail sur un nouveau dispositif qu’il invente et qu’il appelle « cartel ». Groupe constitué de trois à cinq personnes, PLUS UNE chargée de la sélection, de la discussion et de l’issue à réserver au travail de chacun. Le programme qu’il instaure est composé en trois sections : psychanalyse pure, psychanalyse appliquée et recensement du champ freudien. A l’issu du cartel les cartellisants communiquent à l’Ecole le produit de leur travail.
Quelle est la portée, pour notre Ecole, l’EPFCL, de cet étrange dispositif crée par Lacan et qui a des effets d’inconscient ?
Etrange, car quand on doit expliquer aux nouveaux venus à la psychanalyse que lorsqu’ils décident de travailler en cartel, quatre se choisissent, puis se mettent d’accord sur un thème de travail et que ce n’est qu’après qu’ils ont à choisir ensemble un Plus-un, il n’est pas aisé d’expliquer cette fonction, si ce n’est simplement comme une fonction de régulation. Mais la fonction de Plus-un imprime au cartel une structure bien particulière et qui va au-delà de la régulation, même si celle-ci est présente.
Pour la comprendre, il me semble, qu’il faut tenir compte de ce que Lacan est en train de travailler à ce moment là de son enseignement.
Lacan a dicté son unique leçon « Introduction aux Noms-du-Père » au lendemain même de sa radiation de la Société française de psychanalyse, le 20 novembre 1963. Il a décidé qu’il ne reprendrait jamais ce thème, percevant une impossibilité des psychanalystes à ce moment là, d’entendre ce qui pour lui est au cœur de l’invention freudienne. Deux mois plus tard, le 15 janvier 1964, il s’explique dans sa leçon d’ouverture de son séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, intitulée : « L’excommunication ». Il dit : « Ce que j’avais à dire sur les Noms-du-Père ne visait à rien d’autre, qu’à mettre en question l’origine, à savoir, par quel privilège le désir de Freud avait pu trouver, dans le champ de l’expérience qu’il désigne comme l’inconscient, la porte d’entrée. » [10] Suit l’Acte de Fondation de l’EFP en date du 21 juin 1964.
Ce n’est qu’en 1973-74 que Lacan va revenir aux Noms du père dans son séminaire Les non-dupes errent. L’année suivante dans RSI Lacan élabore le nœud borroméen, et fait du Nom-du-Père ce qui fait le nœud et permet l’identification au Réel de l’Autre Réel. Lacan ajoute : « c’est là que Freud désigne ce que l’identification a à faire avec l’amour » [11] . Dans la leçon du 15 avril 1975 il dit que ce qu’il souhaite est « l’identification au groupe », il ajoute que les êtres humains « quand ils ne s’identifient pas à un groupe, ils sont foutus, ils sont à enfermer ». L’identification, qu’il indique ici au départ de tout nœud social et Lacan y inclut le cartel, est l’identification « au point ou a est écrit dans le nœud borroméen. Or c’est précisément le point où manque le savoir » [12]. Là où se situe le désir.
Dans notre Ecole, aujourd’hui, s’agit-il de faire exister les cartels du simple fait que Lacan a inventé ce dispositif ? On reconnaît sans mal, à ce dispositif sa valeur épistémique, lieu d’étude de textes psychanalytiques. Mais au-delà des effets subjectifs au un par un, le travail de cartel a des effets non seulement sur les liens de travail dans notre communauté mais aussi sur la place de la psychanalyse dans le monde. Rappelons que Lacan voulait une Ecole d’analysants, tous analysants, quel que soit leur titre, l’ AME comme les autres. C’est dans le cartel que chacun quel que soit son savoir théorique, malgré lui-même, sans le savoir, met en question, parce que c’est ce qui l’interroge, ce qu’il a de plus réel en lui-même.
Nous avons des cartels d’élaboration pour travailler la théorie et la clinique. Des cartels d’école pour travailler le lien à l’école rendu souvent « nécessaire » à la fin d’une analyse. Et des cartels de la passe pour que la communauté psychanalytique puisse mesurer non seulement l’efficace de la pratique analytique sur chaque sujet, mais encore ce qui pour chacun l’a déterminé dans son désir d’accepter d’occuper la place d’un psychanalyste pour quelques uns et enfin pour faire progresser la théorie analytique. Ceci n’est pas une mince affaire après Lacan, certes ! Mais elle est indispensable si nous voulons que la psychanalyse, cette expérience particulière, à nulle autre pareille survive, se développe et que cette somme théorique inventée par Lacan après Freud, ne reste poussiéreuse au fond d’une bibliothèque ou pire encore qu’elle soit dévoyée, déformée et ne passe dans le discours courant vidée de sa substance : le désir qu’elle véhicule.
25 juin 2007
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CINQUIEME RENDEZ-VOUS INTERNATIONAL
Des Forums et de l’Ecole de psychanalyse du Champ Lacanien
LES TEMPS DU SUJET DE L’INCONSCIENT
La psychanalyse et son temps
et le temps de la psychanalyse
São Paulo - Brésil
5-6 Juillet 2008
Présentation
Actualité, Colette Soler
Aujourd’hui la question du temps propre à la psychanalyse nous revient du dehors. Le thème nous est ramené par l’actualité du discours capitaliste qui du temps fait une valeur marchande comme une autre, liée évidemment au régime des jouissances contemporaines.
Grande différence par rapport à Freud aussi bien qu’à Lacan. Au début de la psychanalyse c’est au sein de la communauté des analystes que la durée de la cure a été en question et a fait objet de débat. Quand un demi-siècle après, Lacan a voulu faire du temps, non plus une donnée inerte du cadre analytique, mais une donnée inhérente à la relation de transfert, maniable à ce titre dans la séance, c’est à l’orthodoxie Ipéiste qu’il s’est heurté. L’objet de débat était devenu objet de litige, mais dans le petit monde des analystes.
Pour nous, l’interpellation est redoublée par celle, beaucoup plus puissante, du discours courant. Les médias se sont emparés du thème, qui diffuse dans le public, et qui informe les demandes elles-mêmes. Etre écouté longtemps à chaque séance, et guérir vite, pourrait bien être la nouvelle exigence de notre époque. Logique : dès lors qu’aujourd’hui le temps s’achète et se vend, comment le consommateur pourrait-il ne pas vouloir acheter la jouissance garantie d’un temps de séance, et demander à l’analyste de vendre une séance courte ?
Et comment des analystes qui s’inscrivent sous le signifiant du Champ lacanien, comme champ de régulation des jouissances, pourraient-ils y être sourds, et continuer indéfiniment à laisser dire ? D’autant que le débat interne entre le courant lacanien et Ipéiste n’est pas clos. Et on vérifie tous les jours combien ce dernier, du moins en FRance, pour flatter l’esprit du temps ne recule pas à faire valoir comme pseudo garantie sa séance longue et à durée fixe - et sans plus d’argumentation. De l’autre côté, n’a-t-on pas vu apparaître dans le Champ freudien le thème, non moins démagogique, de la psychanalyse appliquée produisant enfin, après un siècle de vains efforts, "l’analyse courte" ! On voit combien la tentation est grande pour les politiques de Gribouille de se jeter dans les bras du discours contraire, et par crainte que la psychanalyse ne disparaisse du marché, de contribuer activement à sa dilution dans le champ dit psy, dont la côte est en hausse.
Notre question est différente. Elle est prise entre les deux écueils, soit de méconnaître que nous avons changé de monde en quelques décennies et d’ignorer superbement "la subjectivité de notre époque", soit de céder sur l’offre proprement analytique au nom de l’adaptation réaliste, alors qu’il s’agirait plutôt de préciser ce qui, du temps dans la psychanalyse, ne peut pas fluctuer en fonction de l’esprit du temps.
L’analyse, par exemple, peut-elle n’être pas toujours longue, puisque sa longueur se mesure par rapport à une attente ? Dès l’époque des premières analyses, fort courtes en réalité, quelques mois, ou quelques semaines, on déplorait déjà sa longueur, Freud en tête, sans doute parce que le modèle de référence était la consultation médicale.
Autre constatation amusante : les psychanalystes de diverses obédiences, eux qui généralement ne s’accordent sur rien, s’accordent pourtant sur une durée incompressible de la cure, et pourraient souscrire pour l’essentiel à la phrase de Lacan "faut le temps". Force leur est, en effet, de constater que toutes les tentatives pour économiser sur la durée, et il y en a eu dans l’histoire de la psychanalyse, ont échoué [13].
Pour la durée de la séance, par contre, depuis que Lacan a touché à ce tabou, la lutte fait rage. N’est-ce pas déjà le signe que l’analyste ne se tient pas vraiment pour responsable de la durée de la cure, tandis que pour le temps de la séance, il sait qu’il y va d’une option, et qui doit être fondée...
L’inconscient serait-il le recours ? Mais il faudrait d’abord répondre à la question, lancinante tout au long de l’enseignement de Lacan et toujours reprise jusqu’au terme : l’inconscient qu’est-ce que c’est ? De fait, dans leurs débats historiques sur le temps, les analystes en ont fait argument, mais sans qu’aucune conclusion ne s’impose, car on peut en dire une chose et son contraire : que l’inconscient ne connaît pas le temps, insistance indestructible, qu’il se manifeste pourtant dans une pulsation temporelle qui lui est propre (le thème est freudien), que cependant il veut du temps pour se manifester dans la séance (thème post freudien) ou qu’au contraire, travailleur jamais en grève, tout le temps est à lui car il ne connaît pas les murs de la séance (thème lacanien). C’est que la conception que l’on se fait de l’inconscient est solidaire de celle du temps analytique.
La question ouverte par ce thème n’est pas simplement clinique.
Une clinique du temps est possible certes, mais à vrai dire elle n’est plus à faire, car déjà bien balisée par l’enseignement de Lacan. Temps du sujet qui "s’hystorise" tendu entre anticipation et rétroaction ; temps propre à chaque structure clinique, qui marque de son sceau la temporalité universelle du sujet et dont la typicité est déjà l’index d’un réel, selon qu’elles s’hystorisent ou pas ; "temps logique" de production d’une conclusion à partir "du non su", production dont la durée, incalculable, est propre à chaque analysant, ce qui laisse à penser que pour logique qu’il soit, ce temps, il n’est pas "rien que" logique, participant plutôt d’un réel qui se manifeste dans la "texture" du temps.
Le point crucial de notre thème aujourd’hui est cependant ailleurs, plus éthique que clinique : qu’est-ce qu’une analyse toujours longue peut promettre à l’homme pressé de la civilisation ? Des effets thérapeutiques parfois et même souvent rapides ça ne fait pas de doute, contrairement à ce que l’on croit. Mais au-delà, "le temps qu’il faut", selon l’expression de Lacan, permet-il de produire un nouveau sujet ?
Freud déjà en posait la question, interrogeant dans "Analyse finie, analyse infinie", au-delà du thérapeutique, la possibilité d’un état du sujet qui ne s’atteindrait que par la cure. Mais il s’est arrêté sur ce seuil. Non qu’il méconnaisse que l’analyse produise des surprises, mais pour lui, paradoxalement, elles ne sont pas le signe du neuf, mais au contraire de la retrouvaille, du retour d’un passé infantile. Dès lors, ce qu’une analyse peut promettre de mieux, c’est la réconciliation du sujet avec ce qu’il avait rejeté au départ dans le refoulement, ou l’admission de ce qui n’avait pas même été symbolisé et qui insistait dans la répétition. D’où l’extraordinaire formule freudienne, en son ironie : ramener le malheur névrotique au malheur banal.
Dans l’option de Lacan, au contraire, le temps est un possible vecteur de nouveauté. C’est qu’il ne peut pas être pensé seulement comme structuré par la dimension symbolico-imaginaire qui assure l’immanence du passé dans le présent. La question de ce qu’il engage de réel doit être posée, n’en déplaise à Emmanuel Kant, car avant toute promesse analytique, il faut répondre à la question de savoir comment le temps réel d’une cure touche au réel du parlêtre ?
Colette Soler
COMMISSION SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE
Alberti Sonia (Brésil-CRIF)
Binasco Mario (Italie-CRIF)
Diaz Patron Ana (Argentine-CRIF)
Fingermann Dominique (Brésil- Présidente du 5* Rendez-Vous)
Gomez Musso Lydia (Espagne-CIOE)
Miralpeix Ramon (Espagne-CIOE)
Palacio Luis Fernando (Colombie-CRIF)
Quinet Antonio (Directeur EPFCL-Brésil)
Soler Colette (France-CRIF)
Strauss Marc (France-CIOE)
Teixeira Angelia (Brésil-CIOE)
PROPOSITION DE TRAVAUX
Envoyer le titre et l’argument (15 lignes) avant le 30 janvier 2008 à l’adresse de
la Commission Scientifique : vencontroifepfcl@gmail.com
Les travaux devront être envoyés avant le 30 mai 2008.
ORGANISATION FORUM DU CHAMP LACANIEN-SÃO PAULO
Présidence Fingermann Dominique
Organisation Générale Franco Silvia
Diffusion Ramirez Heloisa
Accueil Bossetto Sandra
Trésorerie Mantelatto Silvana
Traduction Berta Sandra
Site Rona Paulo
Sponsor Pessoa Silvana
Librairies Galvão Sandra
INSCRIPTIONS
Bulletin d’inscription à télécharger ici
LIEU
Universidade Paulista - UNIP (Campus Paraíso)
Rua Vergueiro, 1211 - Paraíso, São Paulo
ACCUEIL HOTELIER
Le rendez-vous aura lieu à l’Université Paulista - UNIP (Campus Paraíso), situé dans un lieu central à São Paulo. Une liste avec l’accueil hotelier sera disponible, mais on peut vous informer, dès maintenant qu’aux alentours de l’UNIP il se trouve plusieurs hôtels, dont les prix de séjours varient de 34,00 à 100,00 euros (catégorie économique à hôtels 4 étoiles).
AUTRES INFORMATIONS
Les Assemblées de l’IF et de l’Ecole :
Vendredi 4 après midi, discussions sobre l’expérience de la passe dans l’EPFCL
Lundi 7, et mardi 8 matin : Assemblée de l’IF-EPFCL et votes
L’ordre du jour sera précisé ultérieurement par les Collèges internationaux (CRIF-CIOE-CIG).
WEB : www.vencontro-ifepfcl.com.br
LOCAL
Universidade Paulista - UNIP (Campus Paraíso)
Rua Vergueiro, 1211 - Paraíso, São Paulo
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Journée de Travail de l’EPFCL
La passe et la formation de l’analyste
Buenos Aires, 11 Août 2007
Las consecuencias de la perspectiva del pase en la clínica y en la dirección de los análisis
Jacques Lacan llamó “pase” a un momento del psicoanálisis, precedente o coincidente con su terminación, en el que se concentran sus efectos didácticos : el momento de pasaje del analizante a una posición de analista - que se caracteriza por el deseo de ubicar y dialogar con el saber inconsciente de otro sujeto -. Llamó del mismo modo a un dispositivo institucional en el que el analizado, y no el didacta, puede dar cuenta del modo en que ese pase aconteció en su propia experiencia, en tanto ha sido decisivo en su formación, diferenciada de la de los otros. Esta doble proposición lleva hasta sus últimas consecuencias el método freudiano que otorga al analizante la libertad en el ejercicio de la palabra : dejándole también la última palabra. A partir de esto se puede entender el pase, en tercer lugar, como un cambio de perspectiva radical en la clínica y en la dirección de los análisis. De esto hablaremos en esta Jornada algunos analistas que integramos o hemos integrado anteriormente la Comisión internacional de la garantía de la Escuela de psicoanálisis de los foros del campo lacaniano : qué nos enseñó esa experiencia, y de qué modo interpretamos sus efectos sobre la clínica, la cura y la formación del analista.
Comisión Científica para el evento
Susana Díaz, Viviana Gòmez, Luís Izcovich, Gabriel Lombardi, Gladys Mattalia, Patricia Muñoz
Organización : Comision Epistèmica Local
Bibiana Benitez, Gabriel Lombardi, Mariel Santos, Mario Uribe Rivera, Jorge Zanghellini, Viviana Gomez (Responsable de la organizacion)
II Journées des Forums d’Amérique Latine Sud (AlSur) de l’EPFCL
Les temps du sujet et les discours de l’époque
4, 5 et 6 Octobre 2007.
Forum de Santiago-Chile.
Journée européenne de l’EPFCL sur la passe
La passe ? J’y pense, mais.....
L’acte de se presenter à la passe
Samedi 6 Octobre 2007
Salons de l’Aveyron
17, rue de l’Aubrac
Paris XII Metro : Cour St Emilion
Tous les renseignements ici
Les Journées de l’EPFCL-France.
L’identité en question dans la psychanalyse .
1 et 2 décembre 2007 à Paris, au Palais des Congrès, Porte Maillot.
Responsable de l’organisation : Françoise Josselin.
Information : 01 56 24 22 56 et tous les renseignements ici
Wunsch est édité par le CIOE :
M. Angeles Escudero Gomez mgomez@caribe.net
Lydia Gómez lydiagomezmusso@telefonica.net
R. Miralpeix miralpeix@ya.com
Marc Strauss strauss.m@wanadoo.fr
M Angelia Teixeira cpangelia@uol.com.br
Jorge A Zanghellini zanghell@isis.unlp.edu.ar
Ont participé à ce numéro :
Jairo Gerbase. (Salvador de Bahía)
Silvana Pessoa. (São Paulo)
Ana Laura Prates Pacheco (São Paulo)
Blanca Sánchez Gimeno (Gijón)
Patricia Zarowsky (París)
Colette Soler (París)
[1] J.Lacan, D’Ecolage, 11 mars 1980.
[2] J.Lacan , L’Autre manque, 15 janvier 1980.
[3] J.Lacan ; Monsieur A. 18mars 1980.
[4] Ibidem.
[5] Ibidem.
[6] “Empleé la palabra cartel pero, realmente es la palabra Cardo que está detrás, es decir, la palabra bisagra”. Lacan, Jacques. Journées des cartels de l’Ecole freudienne de Paris, 12 avril 1975. Lettres de l’Ecole freudienne, 1976, n° 18
[7] J.Lacan, Séminaire Les quatre concepts de la psychanalyse, Seuil, p.9
[8] Idem, p.11
[9] Acte de Fondation, in Autres Ecrits, Seuil, p.229
[10] J.Lacan, Séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, p.16
[11] J.Lacan, Séminaire R.S.I., inédit, leçon du 18 mars 1975
[12] C. Soler, Cartel d’Ecole, in Mensuel n°25, Mai 2007
[13] Que l’on pense notamment à Rank, Ferenczi

