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Wünsch 5
Bulletin international de
l’Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ lacanien
Numéro 5, Mars 2007. La passe, suite
Editorial
Wunsch 5 est le premier qui paraît après le Rendez-vous de juillet 2006 et la permutation des instances internationales, Collège International de la Garantie et Collège International de l’Option Epistémique.
Lors de l’Assemblée du Rendez-vous de juillet dernier, nous avons pu mesurer les attentes qui entourent la passe, en particulier sur le point des productions épistémiques des cartels. Ce sujet a fait à la rentrée l’objet d’une discussion entre les membres du CIG 2004-2006, qui étaient à la fin de leur mandat. Le manque d’élaboration des cartels de la passe était ressenti par leurs membres eux-mêmes, et les idées n’ont pas manqué pour en préciser les raisons et tenter de modifier cet état de fait. Une réunion s’est donc avérée nécessaire pour faire le point et c’est à la fin du mois de janvier que les 3 CIG, les deux ayant fonctionné jusqu’à présent et le CIG nouvellement élu se sont retrouvés au local parisien pour un large débat. Son compte-rendu a été rédigé par Luis Izcovich, Secrétaire pour l’Europe du nouveau CIG et a été diffusé sur notre liste internationale le 6 février.
Rappelons que certains points du fonctionnement du dispositif ont été précisés et surtout qu’un certain nombre de décisions ont été prises, en particulier la tenue d’une Journée européenne sur la passe organisée par les trois CIG dont le thème sera : « La passe ? J’y pense, mais... », avec comme sous-titre : L’acte de se présenter à la passe.
Cette journée aura lieu à Paris le 6 octobre 2007. Le comité d’organisation est composé de membres des trois CIG présents à la réunion : Sol Aparicio, et Colette Soler pour la France, Rithée Cevasco et Lola Lopez pour l’Espagne, et Fulvio Marone pour l’Italie.
En attendant le 6 octobre, on trouvera dans ce numéro de Wunsch les premières contributions à deux questions qui ont largement alimenté les réflexions lors de cette réunion, celle de l’articulation entre la passe et la fin de la cure et celle de l’articulation entre les deux garanties, AME et AE. On y trouvera aussi des textes sur la passe et sa procédure, ainsi que l’annonce de l’ouverture à Paris du CAPA et les annonces des journées de l’EPFCL-France à Paris en décembre et du Rendez-vous International de 2008 à São Paulo
Marc Strauss
Responsable de ce n°5
Ont participé à ce numéro :
Sol Aparicio (France) ; Patrick Barillot (France) ; Ana Canedo (Espagne) ; Dominique Fingermann (Brésil) ; Silvia Fontes Franco (Brésil) ; Maria Teresa Maiocchi (Italie) Clotilde Pascual (Espagne)
Après la réunion des CIG
Des temps distincts.
Sol Aparicio (Paris, France)
La Commission Internationale de la Garantie, comme son nom l’indique, a à sa charge la délicate tâche de la garantie dans notre École, sous les deux formes dans lesquelles Lacan l’a incarnée, les titres d’AE et d’AME.
Rappelons d’abord ceci : telle que Lacan l’a conçue, la garantie à l’École n’est en aucun cas l’objet d’une demande. Elle est toujours accordée : à l’AME par l’École qui “ le reconnaît comme psychanalyste ayant fait ses preuves ”, l’initiative lui en revenant. À l’AE, aussi, mais différemment puisque, ayant demandé, lui, à témoigner de son passage à l’analyste, l’École lui “ impute d’être de ceux qui peuvent témoigner des problèmes cruciaux aux points où ils en sont pour l’analyse ”. C’est, on le sait, un pari fait sur le vif du désir de celui qui est “ sur la brèche ” de résoudre ces problèmes, comme il est écrit dans la “ Proposition de 67 ”. Et c’est pourquoi on a pu dire que c’est lui qui garantit l’École.
Il y a donc quelque contradiction à considérer qu’un AME pourrait se présenter à la passe. En principe, pour l’AME, la passe est déjà passée, “ le passage du psychanalysant au psychanalyste ” a déjà eu lieu. Si Lacan a pu, à un moment, évoquer la possibilité pour un AME d’être nommé AE, c’était dans l’idée que le fait de voir l’un de ses analysants accéder à la qualification d’AE, l’autorisait dès lors lui- même comme Analyste de l’École.
L’analyste ne s’autorise que de lui-même. C’est pourquoi Lacan peut dire à son propos : “ peu lui chaut d’une garantie que mon École lui donne sans doute sous le chiffre ironique de l’A.M.E. Ce n’est pas avec cela qu’il opère. ” Voilà un critère que nos CIG ne sauraient mésestimer dans les décisions qui leur incombent - si nous voulons “ veiller ” à ce que “ à s’autoriser de lui-même il n’y ait que de l’analyste ”, tel que Lacan avait invité le groupe italien à le faire.
À l’EPFCL, les AME désignent les passeurs. Le passeur est dans la passe. Pouvoir désigner un passeur suppose ainsi nécessairement d’avoir un certain nombre d’années de pratique analytique, d’avoir conduit des cures analytiques jusqu’à ce point de virage de la position de l’analysant.
Si la désignation du passeur est heureuse, on peut supposer que celui-ci fera par la suite le pas de se présenter à la passe. Il se peut que ce passeur soit déjà praticien. Nombreux sont ceux, en effet, qui ont initié une pratique dès avant la fin de leur analyse. Cela ne veut pas dire pour autant que le passage au psychanalyste se fut opéré : “ Car enfin, il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, ainsi est-on dans la voie psychanalysante ou dans l’acte psychanalytique. On peut les faire alterner comme une porte bat, mais la voie psychanalysante ne s’applique pas à l’acte psychanalytique, dont la logique est de sa suite. ” J’en déduis que ce passeur-praticien est, comme psychanalysant, dans un temps préalable à celui où, comme psychanalyste, il pourra faire ses preuves.
Il se peut que des collègues à qui l’École a déjà accordé le titre d’AME en viennent, par quelque détour de leurs aventures, peut-être après “ une reprise du bâton du psychanalysant ”, à être animés du désir de témoigner de la façon dont ce passage a eu lieu pour eux. Et il va sans dire que leur contribution ne pourra qu’être bienvenue. Mais ce n’est pas à eux que Lacan pensait en inventant le dispositif de cette passe “ mince comme un cheveu ”, fondée sur rien d’autre que sur la croyance en l’inconscient et capable “ d’annoncer l’aurore ”.
C’est pourquoi dans les discussions que j’ai pu avoir avec mes collègues de la CIG, j’ai défendu l’idée qu’il conviendrait peut-être de se montrer réservés à l’heure de reconnaître comme AME ceux dont un passage à la pratique analytique encore récent, peut laisser espérer un témoignage concernant leur passage à l’analyste.
La passe n’est pas la fin
Patrick Barillot (Paris, France)
« La passe n’est pas la fin » tel fut le commentaire que le cartel de la passe m’adressa en sus de l’annonce de ma nomination d’AE. Il venait ainsi répondre aux interrogations qui étaient les miennes à ce moment de l’analyse. En effet m’étant engagé dans le dispositif de la passe sans en avoir fini avec l’analyse, je me demandais par anticipation comment j’allais me débrouiller avec la décision du cartel, qu’elle soit positive ou négative, au regard de la question de la fin de l’analyse. A l’époque je raisonnais de façon assez confuse avec l’idée que la passe authentifiée par le cartel pouvait sanctionner la fin de l’analyse. Cette approche ne m’était pas spécifique puisque cette une thèse circulait dans notre communauté et je pense qu’elle y circule encore aujourd’hui et que le discours qui pourrait la démentir est assez faible. En même temps je mesurais le réel risque d’une fin prématurée de cure que comporte une nomination en cours d’analyse.
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Afin de démêler cette problématique et parer au danger d’une sortie avant terme par simple effet d’annonce, j’ébauchais une solution en tentant de répondre à la question de la fin avant la réponse du cartel sur la passe. L’enjeu était d’arriver à dissocier ces deux moments de l’analyse et à ne pas rendre l’un tributaire de l’autre, ce que le cartel de la passe dans son message vint réaffirmer.
Il ne me semble pas inutile de faire mention de ces réflexions à l’adresse de ceux qui, analysants, souhaiteraient se soumettre au dispositif de la passe. Cela pourrait peut être leur éviter de se débattre avec cette question du moment de la passe dans son rapport à la fin d’analyse qu’un tropisme propre au discours sur la passe pousse à superposer. En effet cette tendance à considérer le moment de la passe comme la signature de la fin d’analyse traverse bon nombre de propos sur le sujet. De plus on ne peut s’empêcher de supposer qu’elle peut se retrouver tout naturellement au sein des cartels qui décident de la nomination. Le danger étant alors de récuser un passant au motif qu’il n’en a pas fini avec l’analyse.
Sur ce point précis de la disjonction de la passe et de la fin, nombreuses sont les références de Lacan où sont clairement distingués ces deux temps de l’analyse. Là n’est pas le lieu de les développer, ceci ayant été fait ailleurs. Cependant j’en citerai une seule, rarement évoquée, parce qu’elle contient une indication précise du moment où dans l’analyse Lacan attendait que l’analysant vienne témoigner de cette passe. Cette référence est dans la leçon préliminaire au séminaire RSI du 19 novembre 74. Elle se situe dans un paragraphe où Lacan fait état de ses difficultés à rendre tangible la passe dans son Ecole et où il trouve étrange « que ce soit de certains qui ne se trouvent pas à proprement parler encore s’autoriser de l’analyse, mais qui en sont sur le chemin, que vienne cette résistance à ce pourquoi je les stimule ».
Il précise ensuite que ce à quoi il stimule ces analysants qui ne pratiquent pas encore l’analyse, qui ne se disent pas analyste mais qui sont en bonne voie pour, c’est de témoigner du point où ils en sont pour rendre effective la passe dans son Ecole. Et il ajoute que ce point spécifique est celui de l’entrée dans le discours analytique et que le témoignage devrait porter sur comment on y entre. Au passage nous saisissons une façon de définir la passe comme l’entrée dans le discours analytique. Ainsi définie et située dans la temporalité de l’analyse, le moment de la passe ne peut se confondre avec celui de la fin.
Si ce repère est capital pour les cartels de la passe dans l’établissement des critères à la nomination, il ne l’est pas moins pour les analysants tentés par l’expérience de la passe.
Ces derniers, faute d’avoir clairement à l’esprit cette disjonction et considérant la passe comme l’évaluation d’une fin d’analyse accomplie, risquent de repousser leur décision à rentrer dans le dispositif au moment où ils auront enfin poussé la porte de sortie de l’analyse. Le risque n’est pas tant dans le report de la décision qui ne ferait dans ce cas que déplacer dans le temps le témoignage mais dans l’abandon pur et simple de la velléité de départ par une sorte de ratage du moment le plus propice au témoignage. Ici je formule une hypothèse, que je soumets à la discussion des plus expérimentés, que tous les moments de l’analyse ne se valent pas pour témoigner. Et de la même manière qu’avant l’heure, ce n’est pas l’heure et qu’après l’heure non plus, je me demande si le report de la décision par les analysants à s’engager à témoigner dans l’attente de la fin d’analyse ne les éloigne pas irrésistiblement du moment le plus favorable à venir attester de leur passe.
Du desert au désêtre
Maria Teresa Maiocchi (Milan, Italie)
La passe est-elle homologue à la fin d’analyse ? Quelle articulation est-elle possible entre les deux garanties, AE et AME ?
"En ce desêtre se dévoile l’inessentiel du sujet supposé savoir, d’où le psychanalyste à venir se voue à l’agalma de l’essence du désir, pret à le payer de se réduire, lui et son nom, au signifiant quelconque.
Car il a rejeté l’etre qui ne savait pas la cause de son fantasme, au moment même où enfin ce savoir supposé, il l’est devenu."
J. LACAN, Proposition du 9 octobre 1967
“Naturellement ce savoir n’est pas du tout cuit. Car il faut l’inventer.”
J. LACAN, Note italienne, 1973
Le néologisme lacanien de desêtre m’a toujours frappée même pour sa vertu d’anagramme par rapport à "désert". Si “l’exil au désert de la jouissance” [1] est un nom de la structure en tant que traversable, quelle place y prend le désir d’etre -désêtre-, support de l’opération ? Une place complémentaire ou effectivement supplémentaire ?
Le désert de la fin des année 60, l’exil du rapport sexuel d’Encore... Est-il possible -ce vidage - de le traduire en termes de destitution subjective ? Ce concept me parait former quasiment un apax dans le texte lacanien, fort dans les écrits autour de la passe, fin 67, et autant plus intéressant donc, car il semble condenser là dans sa forme (même éthymologiquement) ce qui va perdre une place en tant qu’elle a été instituée par l’Autre [2] (évident dans le lien de de-stituere avec stare, dont il est forme causative). Le déclin de ce statuere c’est le déclin de l’Autre en tant qu’assurance de la place du sujet. D’ailleurs, même désert -du latin deserere- dit un abandon, un vidage, qui a à faire avec la série, la guirlande (serto en italien), et le sermon, ainsi que le sort, du thème indoeuropéen de SER, aligner, tresser : ce qui cesse d’etre entrelacé, tressé, qui subit donc la cessation, la coupure, la mise à l’écart d’un ordre posé par une primitive fonction humanisante, opéré par une main ordonatrice (serere en tant que aligner, disposer, nouer), donc ce qui vient de-situé d’un ordre proprement humain, regression topique à un moment dans lequel l’ordre, la distinction, la suite reglée, continuité-discontinuité-intervalle, a été institué par la bonne disposition de l’Autre, son champ. Incroyable ce que peut engager la simple marque d’une ligne comme differentiel ! voir la stèle hypergéométrale de Odyssée 2001. Même la Bible (Isaie, 62, 4) attribue cette désertification à ce qu’on n’aura plus à dire de la belle épouse, Jérusalem, qui jamais plus ne sera dite azuvah, abandonnée, mot employé aussi comme synonyme de désert, de vide, emprunté probablement de l’assyrien ezevu -cesser, abandonner- ou de l’arabe azaba, qui signifie directement terre déserte. Ce sera le signe -cette fois- que la trame puissante de Dieu ordonnera et tressera dans l’eskaton l’inattendu de la mauvaise rencontre. Azav est à relier même aux derniers mot du Christ sur la croix : dans ce cas, c’est directement le Père qui provoque cet abandon, cette destitution radicale, cet hors ligne.
Point limite de l’expérience, destitution, désert, vidage, c’est l’Autre qui retire le mirage de ses eaux ruissellantes de jouissances. Ce désert de l’Autre marque une limite de l’expérience qu’on retrouve parfois de veine, pour ainsi dire, dans certaines expériences de l’art par exemple. Mais l’analyse est le seul discours qui porte cette déréliction à sa juste limite. “Le psychanalysant -nous dit Lacan en suivant des passage qui me semblent toujours d’une complexité particulière- est celui qui parvient à réaliser comme aliénation son « je pense », c’est-à-dire à découvrir le fantasme comme moteur de la réalité psychique, celle du sujet divisé.” [3] Et aussi : “C’est pourquoi je dis que c’est dans ce (-phi) ou ce (a) qu’apparait son être. L’etre de l’agalma, du sujet supposé savoir, achève le procès du psychanalysant dans une destitution subjective.“ [4]
Et donc, fin ? Fin du transfert, analyse à terme, traversée du désert accomplie ... ? “Bienvenus dans le desert du réel”, dit un Morpheus très lacanien. Choisir la pillule, celle analytically correct, et hop ... ! les jeux son faits ? C’est là que le désir du psychanalyste se noue ? Il me semble, au contraire, que la Proposition et même les conférences ‘italiennes’ qui la suivent de quelque jours, à bien voir sont centrées exactement sur la question que pose à l’institution comme telle une contingeance originaire de l’acte qui proprement sépare les deux dimensions : la fin, où le sujet se trouve destitué, desertifié dans son rapport au fantasme ... et ce pari, passage particulier et inconcevable, qu’on appelle désir de l’analyste, désir inoui, qui -à un “moment originel” de l’expèrience- vise au désêtre : “C’est le moment meme de savoir si dans la destitution du sujet, le désir advient qui permette d’occuper la place du désêtre, justement de vouloir opérer à nouveau ce qu’implique de séparation (avec l’ambiguité du se parere ...) l’agalma.” [5] Et dans un moment à peine plus tardif, toujours à l’automne 67 : “L’analyste doit donc savoir que, loin d’être la mesure de la réalité, il ne fraye au sujet sa vérité qu’à s’offrir lui-même comme support de ce désêtre, grâce à quoi ce sujet subsiste dans une réalité aliénée, sans pour autant être incapable de se penser comme divisé, ce dont l’analyste est proprement la cause.” [6] Du reste, de remarques comme ça il y en a beaucoup dans ce tournant crucial.
Vérifier ce passage à l’analyste vient d’un “témoignage éventuel”, et le dispositif c’est l’offre “d’un tour de plus dans le doublage qui nous permet d’y engendrer le désir du psychanalyste” [7] Supplément je disais au départ. Quelque chose ad-vient, s’ajoute, ex novo. Mais qui va bien au delà de cette sorte de destitution à la Freud, un peu trop ... consistante, ce neue Zustand dont Freud parle à propos de la “différence essentielle entre l’homme analysé et celui non analysé” (1937).
Dans un certain sens -dans les textes lacaniens qu’on cotoie pour nous repérer sur ce point- c’est le désert de la destitution qui paradoxalement pose le problème, car ce point crucial ne supporte pas en soi le passage, ce n’est pas par cette condition -nécéssaire, mais non suffisante- qu’on attrappe sur place le poisson du désir inédit. C’est de là qu’il faut le témoignage, et d’un congénère. La structure ne l’implique pas, bien qu’elle lui puisse donner place en S(A/). On le voit très bien dans la Lettre aux Italiens, sélon une certaine vis polémique : “J’articule maintenant les choses pour des gens qui m’entendent. II y a l’objet (a) ( ...) Ça fait support aux réalisations les plus effectives, et aussi bien aux réalités les plus attachantes. Si c’est le fruit de l’analyse, renvoyez le dit sujet à ses chères études. Il ornera de quelques potiches supplémentaires le patrimoine censé faire la bonne humeur de Dieu. ( ... ) Qu’il ne s’autorise pas d’être analyste, car il n’aura jamais le temps de contribuer au savoir, sans quoi il n’y a pas de chance que l’analyse continue à faire prime sur le marché ... “ [8]
Je vais conclure, en soulignant un passage du Discours du 6 décembre à l’EFP, relatif aux réactions à la Proposition, pas toutes enthousiastes ... : “Ce que ( le psychanalysant ) ne peut lui (au psychanalyste) épargner, c’est ce désêtre dont il est affecté comme du terme à assigner à chaque psychanalyse, et dont je m’étonne de le retrouver dans tant de bouches depuis ma proposition, comme attribué à celui qui en porte le coup, de n’être dans la passe à connoter que d’une destitution subjective : le psychanalysant. (...) Ce dont il s’agit, c’est de faire entendre que ce n’est pas elle qui fait désêtre, être plutôt, singulièrement et fort.” [9]
Je pose donc une question quant à cette superposition immédiatement apparue, qui me semble symptomatique, et qui semble protéger -on le retrouve meme en final de ce même texte- de l’horreur de l’acte qui fait notre ‘desêtrification’, si je peux dire. Comment penser notre pratique d’Ecole en pouvant compter seulement sur le fait que pour chacun vaut cet “impossible à échanger” [10], que “Psychanalyste, je le désuis”... Cet à dire que ce qui la rend telle est un impossible en exercice ?
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NOTES :
1- La psychanalyse dans ses rapports avec la réalité, en “Scilicet”, 1, 1969, p.
2- Le Trésor porte deux exemples significatifs de “destituer” : un passage de La femme pauvre de Léon Bloy : “La profession de modèle, (...) destitue la femme complètement et l’exile de sa personnalité, pour la reléguer dans les limbes de la plus ténébreuse inconscience.” Et un autre de Claudel (7e jour) : “Je te rends grâce, ô ciel, parce que tu as agréé ma prière, moi qui suis tel qu’un orphelin et un homme destitué.”
3- La psychanalyse dans ses rapports avec la réalité, cit., p. 59.
4- J. LACAN, Proposition du 9 octobre 1967, première version, in Ornicar ? Analytica, p. 17
5- Ibid, p.19
6- J. LACAN, La psychanalyse dans ses rapports avec la réalité, cit., p. 59
7- J. LACAN, Proposition du 9 octobre 1967, première version, in Ornicar ? Analytica, p. 17
8- J. LACAN, Note italienne (1973), en Autres ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 310.
9- J. LACAN, Discours à l’Ecole freudienne de Paris, 6 déc 67, en Scilicet 2/3, p.22.
10- J. LACAN, La psychanalyse dans ses rapports avec la réalité, cit., p. 59
LA PASSE ENCORE
L’ expérience dans un Cartel de la passe
Ana Canedo (Barcelone, Espagne)
Je ferais référence ici à une expérience dans un Cartel de la passe pour donner sa place à la réflexion sur la thèse accentué par Lacan sur la spécificité du temps logique, spécialement la particularité du jugement intime de chaque participant, qui se détache ainsi du travail collectif.
Après l’instant du regard, le temps pour comprendre, le débat postérieur à l’écoute du témoignage - d’un sujet féminin - présenté par les passeurs, il a eu lieu. L’attente anticipée qui traverse le matériel de la démonstration de la logique de la fin d’analyse réalisée par le passant se développe, de manière vivante et riche à la discussion. Bref, nous pourrions souligner que le cartel prend le relais en réalisant "sa" propre démonstration ; la conclusion c’est le produit du travail collectif, soi en s’appuyant sur divers points, certains d’entre lesquels je peux rappeler ici dans une forme abrégée :
L’entrée dans l’analyse à partir d’une intervention de l’analyste.
L’identification à un trait - interprété par le sujet - du père ; les effets du poids de l’aliénation dans la contingence des événements.
Le franchissement du fantasme à partir des séquences détaillées où apparaît la lecture stéréotypée d’un mandat de la mère sous la forme d’un : "tu seras comme ça"... pour assurer que tu es la cause du désir de l’Autre. L’élaboration précisée à la place de la phrase inaugurale, pour designer quelque chose d’une figure du destin ignorée par le sujet. Des conséquences de malaise, d’échec, de jouissance dans sa vie.
La chute de l’objet regard libère des dispositions libidinales encapsulées dans le symptôme ; la possibilité de nouveaux rôles étant ouverte, depuis un positionnement inédit.
La passe à l’intérieur du dispositif analytique ; le virage dans l’élaboration du savoir est articulé dans sa dimension éthique ; les effets thérapeutiques, le sujet prend à sa charge la responsabilité de sa jouissance.
La fin de l’analyse remarquable par le détachement échelonnée de la libido analysante, dans une série des rêves où quelque chose est guetté de l’expérience du vide dans le savoir ; cerner quelque chose de réel, de l’impossible à dire, en même temps la frontière d’aller plus loin dans l’analyse. Ses conséquences dans la pratique de la clinique et l’élaboration théorique de la psychanalyse.
Le cartel dans son ensemble arrive à son moment collectif de conclure, émettant son jugement et décider la nomination d’ AE.
Cependant, il est intéressant de remarquer le point de certitude subjective du moment de conclure, appuyé sur un point particulier en impliquant, selon la singularité de chaque participant. L’expérience du moment de conclure diffère du temps pour comprendre ; il devient nécessaire pour chacun, le point de certitude pour lui-même, donc un point d’arrêt du processus d’élaboration, on ne peut plus faire de marche arrière.
De tel sort, vers la fin du travail conjoint, le découpage d’une scène d’enfance se détache pour moi, avec des effets de surprise qui touche quelque chose de l’objet dans la certitude : l’affirmation venait au même temps que sa démonstration.
C’est la scène d’une construction fantasmatique de la névrose infantile, à propos de l’énigme sur l’origine des enfants, attachée à quelques mots du père. On pourrait dire que c’est une interprétation où on peut distinguer le sujet féminin localisé - sujet désirant - dans une sorte de manière inaugurale
Ensuite, la vérification des signifiants présents, de manière discrète, du roman familial dans le témoignage du passant.
Qu’on peut articuler à un rêve à la fin de l’analyse, sur la même scène ; dans cette séquence le sujet n’écoute pas déjà les mots de l’analyste devant le cadre de la fenêtre : le vide apparaît dans la dimension de la nuit, nuancée dans un ciel étoilé. Le vide là où il y avait eu quelque chose plus plein de signification.
Ainsi, la vérification subjective s’ajoute - pour chacun - d’une forme séparée, à l’élaboration obtenue avec les autres dans le travail de cartel.
Pour finir, nous pouvons observer que « la vérité pour tous dépend de la rigueur de chacun« et son avers : bien que dans cette carrière, pour tenter cerner quelque chose du savoir sur la vérité, on est seul, « aucun n’y touche pourtant sinon par les autres »
Sur l’expérience de la passe.
Silvia Fontes Franco (Sao Polo, Brésil)
C’est à partir de ce qu’a été pour moi, en tant que passeur, cette intense expérience dans le dispositif de la passe, que j’écris ces lignes qui sont bien loin d’épuiser ses effets.
Lacan, dans un coup de génie, créa un dispositif inédit : la passe, qui depuis le début, a eu des retentissements sur la communauté analytique, provoquant bien des remous, dans la mesure où elle subvertit la formation de l’analyste, basée jusqu’alors sur diverses tentatives d’escamoter le réel, le propre du réel étant de “provoquer sa méconnaissance, quand il ne produit pas sa négation systématique”. Lacan met le dispositif de la passe “au coeur de l’École”, engageant un grand nombre de personnes de la communauté analytique supposées pouvoir, dans la meilleure des hypothèses, être au rendez-vous de ce réel en jeu dans la formation de l’analyste.
Le thème d’un exposé de Sílmia Sobreira sur la passe à São Paulo résumerait peut-être l’importance du dispositif de la passe pour la communauté d’École : “Quelque chose passe dans la passe, nécessairement” [1]. Et dans ce sens, ce fut une heureuse rencontre de trouver dans le Wunsch 4 cette précision de Colette Soler : “...en matière de passe, les dispositifs ne sont pas tout, ils ne sont qu’un moyen [...] la fin majeure de la passe n’est pas celle du fonctionnement, pas plus que la sélection de nouveaux AE, mais elle concerne les conséquences proprement analytiques de cette passe pour la communauté d’École ».[2]
Dans notre École, l’EPFCL, il revient à l’AME de désigner les passeurs, parmi ses psychanalysants, sans leur demander leur consentement, étant donné que cette désignation n’est nullement une nomination, pas plus qu’un “acte instituant”. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un acte qui, comme tout acte analytique, décomplète le savoir du psychanalysant, désignant en même temps la destitution, la sortie du sens (« le sens issu ») et le sens comme direction de la sortie.
En m’interrogeant sur ce qui avait causé l’effet de surprise qu’a causé l’annonce de ma désignation comme passeur, ce qui se dégagea c’est la place où le sujet se posait dans le rapport transférentiel. Ce que le sujet attend dans le rapport transférentiel jusqu’au terme de ce rapport, jusqu’à la “conclusion d’impossibilité”, “c’est un complément d’être, pour satisfaire le sujet en tant que manque à être” - expression d’Antonio Quinet.
Or la surprise, c’est un événement qui n’est pas prévu, hors attente, qui dans ce cas se manifesta comme quelque chose de l’ordre d’un “L’analyste n’a rien compris !” Le sujet attend le complément, et l’acte décomplète.
En consentant à participer à ce dispositif, je me suis vue confrontée aux divers moments de l’expérience au travail solitaire qu’elle implique : les entretiens avec le passant, l’élaboration de ce qui a été entendu, le rendez-vous avec le cartel de la passe, l’après-coup, tout en me demandant quelle est la “garantie” ? La seule garantie, c’était de faire un pari sur ce que l’analyse seule peut faire supporter, soit, comme Lacan nous enseigne, que “le non-su s’ordonne comme le cadre du savoir”. C’est à partir de ce pari, dans un certain consentement à la limite, que la fonction du passeur, pas simple du tout, devient possible.
Mais qu’est-ce que c’est que cette fonction du passeur dans la passe ?
Je pense que tout ce qu’on peut dire sur la fonction du passeur, toutes les déclinaisons possibles de cette fonction ne trouvent support, ancrage qu’à partir de ces deux opérateurs : “la destitution subjective” et “le non-savoir”. C’est ainsi, et à partir de cela que le passeur se sustente, même sans le savoir ; c’est à partir de cela qu’il sera possible au passeur de ne pas contaminer le dispositif, soit avec son idée à lui sur la fin d’analyse, soit avec son fantasme ou avec ses convictions, et de ne pas répondre du lieu du transfert, au cas où il surgirait dans le témoignage du passant.
Lacan appelle ce non-savoir, un “savoir destitué” qui tout en n’étant pas encore su, n’en est pas moins articulé. Bernard Nominé, s’interrogeant sur la nature de ce qui passe (dans la passe), ajoute : “Ce qui passe est sans doute plus de l’ordre du non-su, quelque chose qui n’en est pas moins articulé logiquement, c’est du non-su mis en perspective et ordonnant, par là, les signifiants de l’histoire du sujet. Ce non-su laisse une place vide dans laquelle chacun (passant, passeur et membres du cartel) peut loger son travail et participer à l’élaboration collective d’un savoir” [3]
Au moment de la passe, il s’agit de vérifier le passage de psychanalysant au psychanalyste, mais ce qui s’extrait d’un dispositif - on n’insiste jamais assez là dessus -va bien au-delà de ce point, va bien au-delà de la nomination ou de la non-nomination. J’entends que c’est peut-être pour ça que Lacan propose, pour le dispositif de la passe, la structure du cartel : manière de désigner le statut particulier du savoir dans la psychanalyse, la possibilité d’élaboration de ce savoir et l’exposition des résultats pour l’École.
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NOTES
1- Sobreira Silmia:2006 Seminário Espaço Escola - Forum São Paulo
2- Soler Colette Wunsch 4 maio 2006
3- Nominé, Bernard. O passe e a análise finita, Buenos Aires, julho 2004. Tradução de Sílmia Sobreira.
Passe et reste symptomatique
Clotilde Pascual (Barcelone, Espagne)
Dans ce travail, produit d’un cartel, il s’agit d’élaborer sur l’expérience de la passe et sur ce que l’on obtient au travers de ce dispositif. Nous savons que la passe est ce qui produit l’analyste comme position subjective, ce qui ouvre sur le désir de l’analyste, à partir de quoi, dans le dispositif, peuvent être extraites des conséquences pour la conduite de la cure et ses résultats.
Le reste symptomatique est un des ces résultats que nous pouvons extraire des témoignages du dispositif de la passe, élaboré comme produit de la fin de l’analyse et nommé dans ces témoignages de différentes façons : sortie du symptôme, destin du symptôme, destin singulier de la pulsion, construction d’un savoir comme invention, incurable, lettre de jouissance etc.
Pour commencer, je dirai qu’on entend par reste symptomatique la singularité symptomatique du mode de jouir de chaque sujet à la fin de son analyse.
Ce concept est connu depuis Lacan comme Identification au symptôme. Nous pouvons le lire dans la leçon du 16 novembre 1976 de son Séminaire L’insu qui sait de l’une-bévue s’aile à mourre. Ce concept complète celui de traversée du fantasme apporté par Lacan en 1967 dans Proposition sur le psychanalyste de l’Ecole.
Dans cette leçon, Lacan avance que la fin de l’analyse est de l’ordre d’une identification non pas au moi de l’analyste ni à l’inconscient, mais d’une Identification au symptôme. Il le dit textuellement : « Savoir y faire avec son symptôme, c’est la fin de l’analyse. »
Si nous déplions un peu plus la lecture de ces pages nous voyons qu’il oppose cette identification au symptôme, à l’identification à l’analyste. Il dit : « La question de l’identification a beaucoup d’intérêt parce qu’il résulterait de certains propos qui ont été avancés que la fin de l’analyse serait de s’identifier à l’analyste. Pour moi, je ne le pense pas. Mais enfin c’est ce que soutient Balint, et c’est très surprenant. A quoi donc s’identifie-t-on à la fin de l’analyse ? Est-ce qu’on s’identifierait à son inconscient ? C’est ce que je ne crois pas. Je ne le crois pas, parce que l’inconscient reste,...reste l’Autre.[.....] Alors en quoi consiste ce repérage qu’est l’analyse ? Est-ce que ça serait ou ça ne serait pas, s’identifier en prenant ses garanties, une espèce de distance, s’identifier à son symptôme ? »
Plus loin il dit : « Savoir y faire avec son symptôme c’est là la fin de l’analyse. Il faut reconnaître que c’est court. Ça ne va vraiment pas loin. Comment ça se pratique, c’est bien entendu ce que je m’efforce de véhiculer dans cette foule, je ne sais pas avec quel résultat. »
En effet, il semblait difficile à Lacan de démontrer comment se produit cette fin et nous pouvons dire que dès la fondation de l’EFP il a tenté une conceptualisation de la fin de l’analyse pour laquelle il a par la suite institué le dispositif de la passe.
Voyons les deux moments que Lacan nous a présenté concernant la fin de l’analyse :
Un premier moment, la Proposition de 1967 sur l’analyste de l’Ecole. Lacan disait que dans toute analyse on finit par buter avec une résistance irréductible qui peut s’actualiser comme une impasse de la structure, comme un échec du rapport sexuel. Les freudiens résolvent cette question avec la pulsion génitale, celle qui doit primer à la fin de l’analyse et de là ils concluent que cette résistance (en d’autres termes l’impossible du rapport sexuel) est surmontée par une relation d’objet génitale mûre. Lacan ne le théorise pas ainsi, mais avec le concept d’objet a, cause du désir, qui est ce qui supplée au rapport sexuel qui n’existe pas et qui donne consistance au sujet névrosé. Il sert de bouchon à l’angoisse dans sa rencontre avec le réel et se localise dans le fantasme.
Dans l’élaboration de 1967, la passe consiste en la séparation de l’analysant de cet objet a, objet qu’incarne l’analyste dans la cure. Se produit une séparation de l’analysant d’avec cet objet, en même temps qu’il y a liquidation du transfert. Tant cette liquidation du transfert que la séparation sont conçues théoriquement sans reste symptomatique.
Dans ce texte, une fois réalisées ces opérations, l’analysant devient analyste par la constitution d’un désir inédit, désir de l’analyste de créer la différence singulière, absolue, chez ses propres analysants. Il s’agirait de les conduire à un savoir qui ait comme effet la chute de ce bouchon fantasmatique qu’était l’objet a et la liquidation du transfert.
La séparation à la fin de la cure théorisée de cette façon peut se comprendre en trois temps. Ceci se retrouve dans tous les témoignages lus et travaillés et on peut dire que tous insistent sur l’objet a comme production de la cure et comme appartenant à l’analysant.
L’identification au symptôme : Cette théorie abordée par Lacan en 1976 permet d’avancer par rapport aux problèmes non résolus dans la théorie de la passe de1967. Elle suppose à l’inverse de celle de 1967, qu’à la fin de la cure, le reste de jouissance reste lié au noyau du symptôme. Et Lacan sépare le concept de la passe d’avec la production du désir de l’analyste et la traversée du fantasme, de ce qui est une fin de cure avec identification au symptôme.
Pour comprendre ce concept voyons les trois acceptions du symptôme :
Le symptôme avant l’entrée en analyse : le symptôme névrotique qui révèle au sujet son insatisfaction vis-à-vis du désir et de la jouissance sexuelle. Le symptôme qui est celui produit par l’effet de la demande adressée à l’Autre analyste dans le transfert, c’est-à-dire le symptôme analytique. Le travail dans la cure aura à articuler ce symptôme avec le fantasme et avec la jouissance de l’objet a qui tamponne l’angoisse. Finalement nous avons ce que C. Soler dans un article intitulé : Les fins propres de l’acte analytique, nomme l’opération contre le symptôme, où suivant l’idée de Lacan de 1976 elle formule : il s’agit de défaire ce symptôme analytique.
C’est ce que Lacan commente dans le Séminaire RSI, d’une transformation du symptôme comme signe, comme métaphore du sujet, au symptôme comme nom qui donne une définition de la jouissance du sujet à la fin de son analyse.
Nous voyons ces questions dépliées dans l’enseignement de Lacan quant il traite de l’identification au symptôme dans son rapport à la lettre.
En 1953-1954 dans le texte « Instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud », Lacan définit le symptôme comme métaphore. En 1974-1975 dans le séminaire RSI et en 1975-1976 dans Le Sinthome il parlera du sinthome comme écriture du réel et il extraira de là l’identification au symptôme dont il parlera après dans le séminaire L’insu que sait de l’une-bévue...
Dans RSI, Lacan dit que les trois registres Réel, Symbolique et Imaginaire sont noués comme nœud borroméen par un quatrième rond qu’il rend équivalent à ce que Freud nommait réalité psychique ou Œdipe. Lacan nomme ce quatrième rond : le Père qui nomme. Ce n’est pas le Nom-du-Père de la métaphore paternelle. C’est ce que Lacan dit quand il dit qu’il s’agit de se passer du Père à condition de se servir de la nomination de la fonction du Père.
C’est dans ce séminaire où il se sert de l’écriture pour dire que la fonction du symptôme f(x) c’est ce qui de l’inconscient peut se traduire en lettre. Nous devons comprendre non seulement la lettre dans sa matérialité signifiante de 1953 mais la lettre comme marque de jouissance. C’est un effet du discours comme écriture où s’articulent le signifiant et la substance jouissante. Ainsi avec sa fonction du symptôme traduit en lettre, le symptôme est écriture, c’est ce qui ne cesse pas de s’écrire. C’est le singulier de chaque sujet, la façon dont chacun jouit de son inconscient. La lettre est l’unité élément qui peut écrire n’importe quel signifiant en tant qu’Un qui jouit de l’inconscient, qui ne fait pas deux. La lettre est une singularité. Elle produit l’opération de l’écriture du symptôme dans sa fonction de répétition. En 1975-1976 dans le séminaire Le sinthome c’est dans la rencontre avec l’écriture de Joyce que Lacan montre l’usage de la lettre sans la signification. Cette écriture désigne une suppléance à l’absence du Père qui nomme, et à sa place il y a le sinthome nouant les trois registres R.S.I.
Dans ce même séminaire, en ce qui concerne le sujet qui nous occupe, il désigne aussi du terme de sinthome, le reste symptomatique du névrosé à la fin de l’analyse, quand le savoir sur le symptôme a été déchiffré et s’est vidé le plus possible de la jouissance et de la signification. On pourrait dire que c’est le symptôme comme écriture du réel, qui montre la lettre comme marque de la jouissance sans signification, ou sans le sens que le sujet donnait au signifiant. Il s’agit de réduire le symptôme à répondre non seulement au sens du déchiffrement mais au pas de sens, au réel. C’est ce qui constitue le Nom propre de jouissance du sujet.
Pour finir, je vais aborder quelques questions que m’évoquent ce sujet :
De quelle façon des sujets qui sont arrivés à ce type de fin d’analyse peuvent faire lien entre eux, avec la singularité de leur jouissance symptomatique, dans une institution analytique ? Si c’est un reste du symptôme qui ne s’adresse à personne, puisque le sens s’est vidé, ne se soutient pas dans l’Autre. Comment faire lien ?
La cause commune, la transmission de la psychanalyse peuvent-elles permettre ce lien ? Et cependant, comment faire pour que cette cause ne se transforme pas en un Idéal qui aveugle le sujet et qu’il tienne compte des autres discours ?
N’y a-t-il pas danger à ce que ce reste de jouissance auquel le sujet reste fixé ne devienne ce avec quoi il opérera dans les cures, comme il l’aurait fait avec son fantasme fondamental ? En quoi serait-ce différent ? En quoi peut-il influer les conduites de cure et la vie institutionnelle des Ecoles ou institutions analytiques ?
(trad. Patricia Zarowsky)
CINQUIEME RENDEZ-VOUS INTERNATIONAL des Forums et de l’Ecole de psychanalyse des Forums du Champ lacanien
LES TEMPS DU SUJET DE L’INCONSCIENT
La psychanalyse dans son temps
et le temps dans la psychanalyse
V Rendez-vous international de l’IF-EPFCL
São Paulo - Brésil
5-6 Juillet 2008
Dominique Fingermann
Présidente du V Rendez-vous international de l’IF-EPFCL 2008
“La psychanalyse ne donnera de fondements scientifiques à sa théorie comme à sa technique qu’en formalisant de façon adéquate ces dimensions essentielles de son expérience qui sont avec la théorie historique du symbole : la logique intersubjective et la temporalité du sujet »
Jacques Lacan - Ecrits p.289
Avec Lacan, nous orientons la psychanalyse que nous soutenons dans l’actualité, selon une logique temporelle cohérente avec la temporalité du sujet de l’inconscient.
La V* Rencontre Internationale de l’IF-EPFCL propose un thème de travail décliné selon trois axes interdépendants. En effet, le temps dans la psychanalyse découle des temps du sujet de l’inconscient, et de leur maniement dépend l’effectivité de la psychanalyse dans son temps.
Les temps du sujet de l’inconscient :
Il y a le temps qui passe :
Le temps passe bien sûr, irréversible, selon la succession de l’avant à l’après, de la vie à la mort.
Pour le sujet de l’inconscient toutefois, dès sa constitution par le signifiant, le présent se passe dans l’anticipation d’un futur marqué par ce qui du passé n’est plus : un « peut-être » se trace depuis un aurait pu être. Wo es war soll Ich werden. Ce temps est scandé par des moments cruciaux de bascule, marquant le corps à l’heure de la castration.
Et il y a un temps qui ne passe pas : l’a-temporalité, qui justifie l’indestructibilité du désir, comme disait Freud.
La bande de Moebius qu‘arbore notre affiche - en deux temps trois mouvements, montre cette double temporalité du sujet de l’inconscient.
« En quelque point que l’on soit de ce prétendu voyage, la structure, c’est à dire le rapport à un certain savoir, la structure n’en démord pas. Et ce désir est strictement, durant tout la vie, toujours le même...ce fameux désir indestructible qui se promène sur la ligne du voyage. » Lacan - Les non dupes errent.
Le temps dans la psychanalyse :
La scansion des séances, leur fréquence, la durée des analyses, ne relèvent pas de la technique mais de l’éthique que commande l’opération du transfert : « relation essentiellement liée au temps et à son maniement ». A la recherche du temps perdu, l’analyse peut permettre de « se faire à être » si l’on y met « le temps qu’il faut », c’est à dire le temps d’y trouver un sinthome, « car ce n’est qu’après un long détour que peut advenir pour le sujet le savoir de son rejet originel »
La psychanalyse dans son temps :
Ces longs détours ne « font pas prime sur le marché » de notre temps qui lui, se plait à noircir la psychanalyse. Celle ci résiste cependant - encore, toujours - à l’envers du plan capitaliste. Ce n’est pas une raison pour que les psychanalystes , même en la prenant à contre courant, ne se mèlent pas de cette actualité et de ses excès pour, depuis le champ lacanien faire primer l’humain et sa lettre.
Les dates : 5,6 Juillet 2008
Le lieu : São Paulo - Brésil - UNIP - Université Paulista
L’inscription : 100 euros ( jusqu’à octobre 2007) auprès du CRIF et des instances locales des Forums.
La commission scientifique :
A été composée dans le sens de permettre un équilibre et une circulation entre les différentes zones, langues, instances de l’IF et de l’Ecole.
Sonia Alberti (Brésil - CRIF)
Mario Binasco (Italie - CRIF)
Ana Diaz Patron (Argentine- CRIF)
Dominique Fingermann (Brésil - responsable de la Rencontre)
Lydia Gomez Musso (Espagne -CIOE)
Ramón Miralpeix (Espagne-CIOE)
Luis Fernando Palacio (Colombie - CRIF)
Antonio Quinet (Directeur EPFCL-Brésil)
Colette Soler (France -CRIF)
Marc Strauss (France- CIOE)
Angelia Teixeira (Brésil- CIOE)
Elle organisera la proposition de thèmes, l’inscription des travaux, les impromptus (courts textes mensuels), la sélection des travaux.
La divulgation :Une première divulgation a été faite fin 2006 dans les divers pays : folders et affiches. Il est important que dès maintenant les délégués et autres responsables locaux de l’IF- EPFCL se chargent de la divulgation. Un CD rom avec l’affiche banner sera envoyé à qui en fera la demande en donnant l’adresse d’expédition par e-mail : 5encontrointernacional.if.epfcl@gmail.com
Le volume préparatoire : le CIOE l’a mis en chantier il paraîtra dans les 5 langues dès septembre 2008.
Le site : www.campolacaniano.com.br/vencontroifepfcl est en construction : Vous y rencontrerez les informations, la bibliothèque sur le thème de la rencontre, les textes et discussions sur l’Ecole ( passe et cartels), les informations touristique sur São Paulo et le Brésil, l’accueil hotelier.
Les assemblées de l’IF et de l’Ecole :
Vendredi 4 après-midi : discussion sur l’ expérience de la passe à L’EPFCL
Lundi 7 et mardi 8 au matin : Assemblée de l’IF-EPFCL discussions et votes.
L’ordre du jour sera précisés ultérieurement par les collèges internationaux (CRIF-CIOE-CIG).
Les dates et l’ordre du jour seront précisés ultérieurement par les collèges internationaux (CRIF-CIOE-CIG - Collège des Délégués)
Le CAPA
L’ACAP-CL, Association des Centres d’Accueil Psychanalytique du Champ Lacanien, association nationale française, présidée par Françoise Josselin, a ouvert son premier centre, le CAPA. Ce Centre d’Accueil Psychanalytique pour Adolescents, dirigé par P. Barillot, reçoit de façon bénévole depuis le 1er septembre au local de la rue d’Assas.
Plus d’informations ici
Les journées de l’EPFCL-France
Sur le thème : "L’identité en question dans la psychanalyse", elles auront lieu les 1 et 2 décembre 2007 à Paris, au Palais des Congrès, Porte Maillot.
Responsable des Journées : Françoise Josselin
Renseignements : 01 56 24 22 56
Plus d’informations ici
Wunsch est édité par le CIOE :
M. Angeles Escudero Gomez mgomez@caribe.net
Lydia Gómez lydiagomezmusso@telefonica.net
R. Miralpeix miralpeix@ya.com
Marc Strauss strauss.m@wanadoo.fr
M Angelia Teixeira cpangelia@uol.com.br
Jorge A Zanghellini zanghell@isis.unlp.edu.ar

